Nucléaire

EPR de Flamanville : une fuite de fluide frigorigène expose EDF à des sanctions financières

Le 3 juillet 2026, un climatiseur industriel de l’EPR de Flamanville a laissé échapper 32,6 kg de fluide frigorigène dans l’atmosphère. Rien à voir avec le circuit de refroidissement du réacteur lui-même, précise EDF. Mais cette fuite fait franchir au site son seuil réglementaire annuel de rejets, pour la troisième fois en quatre ans. EDF s’expose désormais à des sanctions financières.

EPR de Flamanville, réacteur le plus puissant du parc nucléaire français
L’EPR de Flamanville, raccordé au réseau fin 2024 après douze ans de retard, cumule les incidents périphériques malgré une sûreté nucléaire non affectée.

Un groupe froid qui fuit, pas le réacteur

La fuite provient d’un système de climatisation et de refroidissement des locaux techniques, détectée lors d’une maintenance de routine. Les équipes d’EDF ont identifié l’origine et réparé l’équipement défaillant. « Cet événement n’a eu aucune conséquence sur la sûreté des installations ni sur la santé des salariés », assure l’exploitant. Le réacteur, lui, n’a jamais été arrêté.

Le fluide en cause n’a rien d’exotique. C’est le même type de gaz que celui d’une climatisation classique. Sauf qu’à l’échelle d’un site comme l’EPR, une fuite de quelques dizaines de kilos suffit à faire basculer les comptes dans le rouge réglementaire.

Pourquoi 32,6 kg suffisent à déclencher une procédure

EDF a saisi l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) le 7 juillet, classant l’épisode en « événement significatif pour l’environnement ». Le cumul des rejets de fluides frigorigènes du site atteint désormais 111,675 kg sur l’année, au-delà de la limite fixée à 100 kg. Passé ce seuil, la déclaration devient obligatoire.

L’enjeu n’est pas radiologique. Il est climatique. Relâchés dans l’atmosphère, ces fluides comptent parmi les gaz à effet de serre les plus puissants qui existent, avec un pouvoir de réchauffement qui dépasse de très loin celui du CO2 à masse égale. Un rejet de 111 kg pèse donc beaucoup plus lourd, en équivalent carbone, que son poids ne le laisse penser.

Troisième dépassement en quatre ans

L’EPR trébuche régulièrement sur ce point précis. À l’été 2024 déjà, les émissions cumulées avaient atteint 107,1 kg, franchissant la même limite. Et en 2023, EDF avait constaté la perte de 265 kg de fluide sur un équipement de production d’eau glacée du chantier, un incident bien plus massif encore.

2023, 2024, 2026 : trois dépassements en quatre ans. Un système de détection qui fonctionne, des réparations engagées rapidement à chaque fois. Mais un problème structurel qui persiste. Les groupes froids de Flamanville 3 s’imposent comme le point faible chronique d’une installation par ailleurs saluée pour sa montée en puissance. Sans risque pour la sûreté nucléaire, certes. Mais avec un vrai coût de crédibilité pour un réacteur censé incarner l’excellence du nouveau nucléaire français.

Un chantier qui accumule les péripéties

Réacteur le plus puissant du parc français avec 1,6 GW, l’EPR de Flamanville a été raccordé au réseau fin 2024, douze ans après le calendrier initial. Depuis, les péripéties ne manquent pas : toute la centrale a été mise à l’arrêt par la tempête Goretti en janvier, et le réacteur doit de toute façon s’arrêter le 26 septembre prochain pour sa première visite complète, une opération réglementaire prévue pour durer 350 jours.

Cette fuite ne change rien à ce calendrier. Elle rappelle simplement que la surveillance d’un réacteur ne se limite pas à la radioactivité : rejets chimiques, fluides industriels, gaz à effet de serre, tout cela relève du contrôle continu exercé par l’ASNR sur l’ensemble du parc, jusque dans ses recoins les plus périphériques. Un sujet d’autant plus sensible que le programme EPR2 s’appuie largement sur le retour d’expérience de Flamanville pour ses six futurs réacteurs.

Ce que ça dit du nucléaire français, version 2026

Le timing ne pouvait pas mieux tomber, ou plus mal, c’est selon. Cette fuite survient alors même que le parc traverse une canicule qui a forcé l’arrêt de trois réacteurs ailleurs en France, et que le débat continue sur le refroidissement des réacteurs dans un climat qui se réchauffe. L’EPR échappe à ces arrêts liés à la chaleur : son circuit primaire n’est pas en cause ici. Mais l’addition de ces épisodes, climatiques d’un côté, industriels de l’autre, dessine une année 2026 où chaque défaillance périphérique du nucléaire français finit scrutée à la loupe.

Reste une question simple, et sans réponse pour l’instant : combien coûteront ces sanctions financières à EDF ? L’entreprise n’a communiqué aucun chiffre. Vu la récurrence du problème, difficile d’imaginer que l’ASNR se contente d’un rappel à l’ordre la prochaine fois.

Pilotable.fr

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