Hydrogène

Hydrogène décarboné : 778 millions d’euros pour trois usines industrielles

Un comité de pilotage, deux ministres et trois industriels : le 22 juillet, l’État a désigné les premiers lauréats de son mécanisme de soutien à la production d’hydrogène décarboné par électrolyse. À la clé, 778 millions d’euros sur quinze ans pour 161,4 MW de capacité installée chez Engie, Elyse Energy et Fertighy. Un montant qui paraît généreux sur le papier. Il reste pourtant loin des 200 MW visés pour cette première tranche, et encore plus loin du gigawatt promis d’ici la fin de la décennie.

Trois usines, trois secteurs, une même logique

Le plus petit des trois projets, Hydrozère, porté par Engie, s’installe à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère. Cinq mégawatts seulement, mais un objectif précis : remplacer l’hydrogène issu du vaporeformage de méthane qui alimente aujourd’hui un four de traitement de surface chez ArcelorMittal. Le démonstrateur Genvia SOEL200 doit produire jusqu’à 200 kg d’hydrogène par jour par électrolyse à la vapeur, en récupérant au passage la chaleur perdue du recuit continu du sidérurgiste. Rien de spectaculaire dans les volumes. Mais c’est exactement le genre de brique industrielle que la filière réclame depuis des années : un cas d’usage concret, mesurable, réplicable.

Les deux autres lauréats, Elyse Energy en Isère et Fertighy dans la Somme, complètent le tableau avec des projets tournés vers la chimie et les engrais. Ensemble, les trois sites représentent 161,4 MW sur les 200 MW mis en jeu lors de ce premier appel d’offres. Douze candidats avaient été admis à discuter avec l’administration ; trois ont franchi la ligne d’arrivée.

Électrolyseur industriel pour la production d'hydrogène décarboné
La production d’hydrogène par électrolyse reste plus coûteuse que l’hydrogène gris issu du gaz naturel, d’où le besoin d’un mécanisme de compensation.

Comment fonctionne le mécanisme de soutien

Le principe n’a rien d’un simple chèque. L’État verse une aide proportionnelle à la quantité d’hydrogène bas-carbone effectivement produite, sur une durée maximale de quinze ans, pour combler l’écart de coût entre l’hydrogène électrolytique et l’hydrogène carboné qu’il remplace dans l’acier, la chimie ou les engrais. La sélection s’est jouée à 70 % sur le prix, exprimé en euros par tonne de CO2 évitée, et à 30 % sur des critères non tarifaires (résilience du projet, ancrage territorial, calendrier).

Ce choix méthodologique change la donne par rapport aux subventions à l’investissement classiques. Ici, pas d’argent versé à la mise en service : l’industriel touche l’aide au fil de sa production réelle, ce qui limite le risque de projets subventionnés qui ne tournent jamais à plein régime. En contrepartie, le montage financier est plus complexe à monter pour les porteurs de projets, ce qui explique en partie pourquoi seuls trois dossiers sur douze candidats sont allés au bout.

Un rythme encore loin des ambitions affichées

200 MW pour cette première tranche, sur un objectif national d’1 GW annoncé dans le cadre de la stratégie hydrogène. Faisons les comptes : à ce rythme, il faudrait cinq vagues de cette ampleur pour atteindre la cible, sans compter les projets qui n’aboutissent pas ou qui glissent dans le temps. La filière hydrogène française est régulièrement critiquée pour son écart entre annonces et réalisations concrètes. Cette première salve de lauréats a au moins le mérite d’exister, avec des sites identifiés, des industriels engagés et un calendrier de mise en service qui ne se limite pas à un communiqué de presse.

Reste la question du coût pour les finances publiques. 778 millions d’euros sur quinze ans pour 161 MW, cela revient grosso modo à plus de 4,8 millions d’euros par mégawatt sur la durée du contrat. Un chiffre à mettre en regard des ambitions de la trajectoire bas-carbone nationale, qui compte sur l’hydrogène pour décarboner les usages industriels difficiles à électrifier directement.

Production d'hydrogène décarboné en France, usine et infrastructure
Metallurgie, chimie, engrais : les trois premiers lauréats du mécanisme de soutien ciblent des usages industriels difficiles à électrifier.

Ce que ça change concrètement

Pour ArcelorMittal, le basculement vers l’hydrogène électrolytique à Saint-Chély-d’Apcher réduit directement l’empreinte carbone du site grâce à la faible intensité carbone du mix électrique français, très largement nucléaire. C’est là tout l’argument de la filière pilotable : produire de l’hydrogène propre suppose de l’électricité propre et disponible en continu, pas seulement quand le soleil brille ou que le vent souffle. Un four sidérurgique ne s’arrête pas parce que l’éolien est en creux.

Pour Elyse Energy et Fertighy, la logique est similaire mais appliquée à la chimie et aux engrais, deux secteurs eux aussi gourmands en hydrogène gris et soumis à une pression réglementaire croissante sur leurs émissions.

Et maintenant ?

Une deuxième vague d’appel d’offres est attendue, sans date officielle communiquée à ce stade. La question n’est plus vraiment de savoir si la France construira sa filière hydrogène décarboné : les premiers électrolyseurs tournent, les premiers contrats sont signés. La vraie question, c’est le rythme. À trois lauréats par vague sur douze candidats, l’objectif du gigawatt d’ici la fin de la décennie ressemble encore à un pari.

Pilotable.fr

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