Nucléaire

Construction nucléaire : la Chine confirme ses performances avec un réacteur achevé en 62 mois

L’unité 1 de la centrale chinoise de San’ao, équipée d’un réacteur Hualong One (HPR1000), a été raccordée au réseau le 13 mars 2026 après seulement 62 mois de construction. Un record qui conforte la position dominante de la Chine dans la construction nucléaire — et pousse la France à accélérer sur son propre programme EPR2.

San’ao : 62 mois du premier béton au raccordement

Le réacteur San’ao-1 utilise la technologie chinoise Hualong One (HPR1000), un réacteur à eau pressurisée d’environ 1 100 MWe. Sa construction, achevée en 62 mois, illustre la maîtrise industrielle acquise par la Chine en trois décennies de programme nucléaire continu.

Ce délai place la Chine loin devant ses concurrents. Selon la SFEN, les performances chinoises sont « inégalées dans le monde ». La Biélorussie, deuxième, construit ses réacteurs russes VVER-1200 en huit ans en moyenne. Les Émirats arabes unis, avec la technologie coréenne APR-1400, affichent des délais d’environ 8,2 ans.

Un défi majeur pour la compétitivité du nucléaire mondial

Construire dans les temps est l’un des plus grands défis de la relance nucléaire mondiale. Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), prévenait en 2025 : les pouvoirs publics et le secteur privé doivent surmonter des obstacles de taille, à commencer par la réalisation des nouveaux projets dans les délais et les budgets prévus.

La Chine prouve que c’est possible grâce à l’effet de série et l’accumulation d’expérience. Le pays construit ses centrales en six ans en moyenne — un rythme qu’aucune autre nation n’atteint.

La France vise 70 mois pour les EPR2

La dernière Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) acte la construction de six réacteurs EPR2, avec huit unités supplémentaires envisagées. La mise en service du premier réacteur à Penly est fixée à 2038.

Le retour d’expérience de Flamanville 3 — connecté au réseau avec 12 ans de retard — a été douloureux mais instructif. La Cour des comptes a pointé le caractère de « tête de série » du réacteur et la perte de compétences liée à quinze années sans construction nucléaire en France.

Mais EDF progresse. Thierry Le Mouroux, directeur exécutif en charge des projets de construction, affirme : le délai cible de construction d’une tranche générique est passé de 96 à 70 mois en trois ans. Entre le premier et le dernier EPR2, le délai pourrait encore être réduit de 32 mois grâce à l’effet de série.

Capitaliser sur l’expérience internationale

Pour tenir ces objectifs, EDF s’appuie sur deux partenariats internationaux majeurs. D’une part, avec la Chine : des équipes françaises ont été mises en immersion sur des chantiers chinois pour apprendre les méthodes de construction rapide.

D’autre part, avec le Royaume-Uni : les chantiers d’Hinkley Point C et de Sizewell C mobilisent 500 travailleurs français. En retour, des collaborateurs britanniques rejoignent désormais les équipes EPR2 en France, apportant leur expérience sur les phases de génie civil et d’organisation de site.

Ce que ça signifie pour la filière française

Les 62 mois chinois sont à la fois un aiguillon et un objectif. Si la France parvient à tenir ses 70 mois dès les premières tranches EPR2, elle se positionnera comme le deuxième constructeur le plus rapide au monde — et démontrera la compétitivité de sa filière nucléaire sur le marché de l’export.

Le recrutement de 100 000 personnes dans la filière d’ici 2030 et la montée en compétences industrielle seront déterminants pour atteindre cet objectif.


Sources

  • SFEN / Revue Générale Nucléaire, « La Chine confirme ses performances avec un réacteur nucléaire construit en 62 mois », 1er avril 2026 — Lire l’article source
  • China Daily, raccordement de San’ao-1, mars 2026
  • AIE, « En route vers une nouvelle ère pour l’énergie nucléaire », 2025
  • EDF, Conseil d’administration, décembre 2025

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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