Nucléaire

Le programme EPR2 : tout comprendre en 2026

Six réacteurs, trois sites, 72,8 milliards d’euros : le programme EPR2 est le plus grand chantier industriel de France. Ce guide fait le point sur la conception du réacteur, les sites retenus, le calendrier, le financement et les enjeux de cette relance nucléaire sans précédent depuis quarante ans.

1. Qu’est-ce que l’EPR2 ?

L’EPR2 (European Pressurized Reactor 2) est un réacteur nucléaire à eau pressurisée de troisième génération évoluée, conçu par EDF en collaboration avec Framatome. D’une puissance de 1 670 MW, il est le successeur de l’EPR de Flamanville (1 650 MW), dont il tire les retours d’expérience pour simplifier la construction et réduire les coûts.

Par rapport à l’EPR première version, l’EPR2 intègre des simplifications de conception significatives : réduction du nombre de tuyauteries et de soudures, standardisation des composants, optimisation du génie civil. L’objectif affiché par EDF est de construire chaque paire de réacteurs en six ans, contre les quinze ans qu’a pris Flamanville 3.

2. Les trois sites retenus

Penly (Seine-Maritime) — Première paire

Penly accueillera les deux premiers EPR2. Les travaux préparatoires ont débuté début 2026, avec le terrassement et la construction des installations de chantier. Le site dispose déjà de deux réacteurs en exploitation (Penly 1 et 2), ce qui simplifie les raccordements et mutualise les infrastructures.

Gravelines (Nord) — Deuxième paire

Gravelines, plus grande centrale nucléaire d’Europe occidentale avec six réacteurs en service, a été confirmé comme deuxième site EPR2. La concertation publique s’est achevée favorablement. Le démarrage des travaux est prévu entre 2028 et 2029.

Bugey (Ain) — Troisième paire

Le site du Bugey a été confirmé pour la troisième paire. Le débat public est en cours. Ce site présente l’avantage d’être situé au croisement de la vallée du Rhône et du sillon alpin, dans une zone à forte demande industrielle.

3. Le calendrier de construction

Le programme prévoit un enchaînement cadencé pour capitaliser sur les effets de série :

  • Penly 3 : premier béton 2027, mise en service 2035-2036
  • Penly 4 : premier béton 2028, mise en service 2037-2038
  • Gravelines 7 : premier béton 2030, mise en service 2038-2039
  • Gravelines 8 : premier béton 2031, mise en service 2039-2040
  • Bugey 6 : premier béton 2032, mise en service 2040-2041
  • Bugey 7 : premier béton 2033, mise en service 2041-2042

La décision finale d’investissement (DFI) pour la première paire est attendue fin 2026, comme confirmé lors du 5e Conseil de politique nucléaire. C’est l’étape décisive qui engage juridiquement et financièrement l’État et EDF.

4. Le coût : 72,8 milliards d’euros

Le coût total du programme est estimé à 72,8 milliards d’euros (euros 2020) pour les six réacteurs. Ce montant comprend la construction, les études, les infrastructures de chantier et les aléas. Rapporté au MW installé, le coût unitaire diminue avec chaque paire grâce aux effets de série et d’apprentissage.

Le financement repose sur un montage complexe : fonds propres d’EDF, dette corporate, prêt bonifié de l’État (adossé au Livret A, comme annoncé au 5e CPN), et potentiellement des green bonds. L’enquête de la Commission européenne sur les aides d’État conditionne les modalités de soutien public.

5. Les leçons de Flamanville

Le programme EPR2 est indissociable du retour d’expérience de Flamanville 3. Premier réacteur EPR construit en France, Flamanville a accusé douze ans de retard et un triplement de son budget initial, en raison de problèmes de soudures, de perte de compétences industrielles et de modifications de conception en cours de chantier.

EDF affirme avoir tiré toutes les leçons : conception figée avant le premier béton, reconstitution des compétences (notamment en soudage nucléaire), construction en série pour bénéficier de l’effet d’apprentissage, gestion de projet renforcée. Framatome a décroché le contrat des composants lourds et prépare ses lignes de production.

6. L’enjeu industriel : 100 000 emplois

Le programme EPR2 mobilise toute la filière nucléaire française. Le GIFEN estime les besoins de recrutement à 100 000 postes d’ici 2030, tous métiers confondus : ingénieurs, soudeurs, chaudronniers, techniciens de maintenance, électriciens, bétoniers. C’est le plus grand défi RH de l’industrie française.

Le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire coordonne la mobilisation des 3 000 entreprises de la filière. France Travail et les régions déploient des dispositifs de formation et de reconversion spécifiques. La bataille des compétences est aussi décisive que celle du financement.

7. Au-delà des six premiers : la perspective d’un programme élargi

La PPE3 (février 2026) évoque la possibilité de huit EPR2 supplémentaires au-delà des six premiers, portant le total à quatorze réacteurs. Cette perspective, encore conditionnelle, dépendra du retour d’expérience des premiers chantiers, de l’évolution de la demande électrique et du contexte géopolitique.

Parallèlement, le développement des SMR (petits réacteurs modulaires) et des réacteurs de 4e génération ouvre des perspectives complémentaires. L’EPR2 reste le programme structurant de la relance nucléaire française, celui sur lequel repose l’essentiel de la nouvelle capacité pilotable à horizon 2040.

Ce guide est régulièrement mis à jour pour refléter les avancées du programme EPR2. Dernière mise à jour : mars 2026.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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