Le 7 juillet 2026, EDF a confirmé le lancement effectif des opérations de démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin. Cinq années de préparation réglementaire et technique aboutissent, depuis l’arrêt définitif des deux réacteurs en 2020. Fessenheim devient la première centrale du parc nucléaire français de grande puissance à entrer concrètement en phase de déconstruction. Un cas d’école pour toute la filière.
Une autorisation obtenue au terme d’un long parcours administratif
Le décret autorisant le démantèlement complet de la centrale a été publié le 3 mai 2026 au Journal officiel. Restait une dernière étape : l’approbation par l’ASNR du Rapport de Sûreté et des Règles Générales d’Exploitation, obtenue le 19 juin 2026. Le basculement dans ces nouveaux référentiels a eu lieu le 25 juin, marquant l’entrée officielle du site en démantèlement.
Selon Myriam Colacicco, directrice de projets démantèlement des réacteurs à eau sous pression chez EDF, l’ambition est de faire de Fessenheim « la tête de série d’une déconstruction performante du parc nucléaire français ». Cette dimension pèse lourd : les méthodes, les coûts et les délais observés ici serviront de référence pour le démantèlement des autres réacteurs français, arrêtés au fil des prochaines décennies.
Un chantier titanesque : découper des pièces de 300 tonnes
Premier chantier d’envergure : découper les trois générateurs de vapeur du réacteur n°1. Des pièces de plus de 300 tonnes, plus de 20 mètres de haut, à extraire du bâtiment réacteur. L’autre chantier emblématique de cette phase : retirer les alvéoles qui servaient de support au combustible usé dans le bâtiment combustible.

Une fois le reste des équipements électromécaniques démantelés, viendront l’assainissement des structures, la démolition, la réhabilitation des sols et enfin le « déclassement » par l’ASNR, qui retirera Fessenheim de la liste des installations nucléaires de base.
405 000 tonnes de matériaux, 95% non-radioactifs
Les chiffres donnent la mesure de l’opération : environ 405 000 tonnes de matériaux au total. La part non-radioactive atteint 95% du volume, pour l’essentiel des bétons réutilisés sur site comme remblais. Les 5% restants, soit environ 20 000 tonnes de déchets radioactifs, seront triés et orientés vers des filières dédiées selon leur nature et leur niveau de radioactivité.
Le décret fixe une échéance au plus tard en 2048. EDF vise 15 ans, ce qui situerait la fin des opérations autour de 2041. Le chantier mobilisera en moyenne 300 personnes par an, un employeur local non négligeable pour le territoire alsacien sur plusieurs décennies.
Un cas d’école pour l’avenir du parc nucléaire français
L’enjeu dépasse Fessenheim. La PPE3, qui fixe la stratégie énergétique française pour 2026-2035, acte la prolongation du parc existant jusqu’à 60 ans voire au-delà, tout en engageant la construction de nouveaux réacteurs EPR2, dont le premier est attendu à Penly. Mais tous les réacteurs en service aujourd’hui devront, un jour, être démantelés à leur tour. La capacité de la filière française à maîtriser coûts, délais et sûreté sur Fessenheim conditionne, pour une bonne part, la crédibilité de toute la stratégie nucléaire de long terme.
Le sujet reste d’ailleurs un point de vigilance identifié par l’ASNR elle-même, qui alertait en 2025 sur les moyens nécessaires pour accompagner la relance du nucléaire tout en assurant le contrôle des installations en fin de vie. Fessenheim sera scrutée de près, pas seulement par les acteurs français : plusieurs pays européens avancent sur des chantiers comparables, à l’image du Royaume-Uni avec Hunterston B.
Ce que Fessenheim va apprendre à toute la filière
Concrètement, les deux réacteurs de 900 MW arrêtés en 2020 n’ont plus produit un seul kilowattheure depuis six ans. Le retour d’expérience accumulé sur ce site servira directement aux prochains chantiers : Fessenheim n’est que le premier étage d’une vague de démantèlements qui va concerner, à terme, l’essentiel du parc nucléaire français. Chaque année gagnée ou perdue sur ce chantier pilote se répercutera sur le calendrier et le budget des suivants.
Le choix de valoriser 95% des matériaux comme remblais sur site pose aussi une question industrielle plus large : celle de la capacité des filières de traitement françaises à absorber, dans les vingt prochaines années, les volumes cumulés de plusieurs chantiers menés en parallèle. Un sujet que le projet Aval du Futur, porté par EDF et évoqué lors du Conseil de politique nucléaire de mars 2026, est censé en partie adresser.
Reste une question ouverte. La France saura-t-elle transformer ce chantier pionnier en modèle industriel exportable, à l’heure où plusieurs voisins européens vont devoir démanteler leurs propres centrales vieillissantes dans les quinze prochaines années ?


