Nucléaire

L’EPR de Flamanville face à sa première grande révision : 350 jours pour tenir les promesses du nucléaire français

L’EPR de Flamanville, réacteur le plus puissant du parc nucléaire français, s’apprête à vivre sa première grande interruption planifiée. À partir du 26 septembre 2026, il entrera en Visite Complète pour 350 jours. EDF tente déjà d’en alléger le programme avant l’ouverture des chantiers.

Qu’est-ce que la VC1 de Flamanville ?

La Visite Complète numéro 1 est la première inspection approfondie d’un réacteur après sa mise en service commerciale. Pour Flamanville, ce rendez-vous arrive environ un an après que le réacteur a atteint sa puissance nominale de 1 650 MW. Sur les réacteurs de 900 MW ou 1 300 MW du parc existant, ces visites durent en général 100 à 200 jours. Pour l’EPR, le programme est nettement plus lourd.

350 jours, 2 500 agents, 20 000 activités

Le programme VC1 prévu par EDF n’a pas d’équivalent dans le parc français actuel. 20 000 activités techniques. 2 500 agents en simultané. Près d’un an d’arrêt. Ce volume s’explique par la nouveauté du réacteur : premier réexamen, systèmes jamais ouverts depuis la mise en service, comportement de certains composants encore à établir en conditions réelles d’exploitation.

Production nucléaire du parc EDF en 2026
Production du parc nucléaire français – T1 2026 (source : EDF / Pilotable.fr)

EDF demande un allègement – l’ASNR tranche

EDF a soumis à l’ASNR une demande pour reporter certains contrôles d’équipements sous pression. Objectif : réduire la charge globale et, peut-être, raccourcir l’arrêt. Les opérations les plus emblématiques de la VC1 seraient maintenues quoi qu’il arrive.

L’ASNR doit se prononcer. L’autorité de sûreté a montré par le passé qu’elle n’hésitait pas à imposer des contrôles supplémentaires : en janvier 2026, elle avait déjà demandé à EDF des garanties renforcées sur l’étanchéité du futur chantier EPR2 de Penly. Dans ce dossier aussi, elle prendra le temps qu’il faut. Verdict attendu à l’automne.

Des enjeux lourds pour la disponibilité du réseau cet hiver

Un arrêt de 350 jours pour un réacteur de 1 650 MW, c’est une absence de production comparable à deux réacteurs de 900 MW simultanément à l’arrêt. Son retrait à partir de septembre pèsera sur les bilans de RTE pour l’hiver 2026-2027.

Le contexte de l’été 2026 rend la chose encore plus concrète. Les vagues de chaleur ont déjà contraint EDF à préparer des baisses de production à Bugey et Saint-Alban. Le retrait programmé de Flamanville rajoute une contrainte de fond. Si l’arrêt déborde sur les mois les plus froids – ce que 350 jours au calendrier rend mathématiquement possible – la situation sur le réseau devient tendue.

Ce que la VC1 révèle du nucléaire français

L’EPR de Flamanville a mis 12 ans de plus que prévu pour entrer en service. Sa première révision porte le poids de cette histoire. EDF ne peut pas se permettre un nouveau dérapage de calendrier.

La demande d’allègement peut être lue de deux façons. Soit EDF fait preuve de pragmatisme – concentrer la VC1 sur les opérations vraiment indispensables en première révision, reporter le reste à la suivante. Soit le programme initial s’est révélé trop ambitieux pour le planning industriel disponible. La décision finale d’investissement sur les EPR2 est attendue d’ici fin 2026 : montrer que Flamanville est bien maîtrisé n’est pas un détail.

La réponse de l’ASNR à la demande d’allègement dira beaucoup sur les marges réelles dont dispose EDF pour piloter son nouveau réacteur phare. Et sur la maturité industrielle du premier EPR en service commercial dans le monde.

Pilotable.fr

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