EDF a officialisé, le 27 avril 2026, un nouvel investissement industriel de près de 100 millions d’euros pour sa filiale Arabelle Solutions, qui va construire une usine d’échangeurs thermiques à Chalon-sur-Saône. Le site, attendu en service en 2030, complète le maillage industriel mis en place par la filière nucléaire pour livrer les six premiers EPR2. C’est un nouveau jalon dans la « relance » du nucléaire civil français.
Une usine taillée pour les EPR2 et au-delà
Le futur site occupera environ 20 000 m² sur l’ancien terrain Nordéon, à l’est de Chalon-sur-Saône. Il sera dédié à la fabrication d’échangeurs thermiques, des composants techniques particulièrement massifs : 120 à 370 tonnes pièce, et 15 à 25 mètres de long. Ces équipements jouent un rôle clé dans le circuit secondaire d’un réacteur en transférant la chaleur du circuit primaire vers la turbine, et conditionnent donc la performance globale du palier EPR2.
Les premières fabrications sont calées sur le calendrier des chantiers nucléaires : démarrage en 2030, parfaitement aligné avec la mise en service prévue à l’horizon 2038 des deux premiers réacteurs de Penly. Au-delà des six EPR2 confirmés (Penly, Gravelines, Bugey), l’usine pourra alimenter les huit réacteurs supplémentaires aujourd’hui à l’étude, mais aussi des programmes nucléaires à l’export.

160 emplois et un ancrage industriel renforcé en Saône-et-Loire
L’investissement annoncé prévoit la création d’environ 160 emplois directs d’ici 2030, dans des métiers à forte technicité : chaudronnerie lourde, soudage haute précision, contrôle non destructif, assemblage. Pour la Saône-et-Loire, déjà territoire historique de la filière (Framatome au Creusot, Industeel, Areva NP), l’implantation conforte une vallée industrielle pleinement réalignée sur les besoins du nouveau nucléaire.
Côté gouvernement, Maud Bregeon (Énergie) et Sébastien Martin (Industrie) ont mis en avant un investissement « stratégique » pour la souveraineté énergétique. Les ministres rappellent que la PPE3, publiée en février 2026, fait du couple « nucléaire + renouvelables » l’ossature du mix électrique français à 2035, avec 60 % d’énergie décarbonée dès 2030 et 70 % en 2035.
Quatrième usine française d’Arabelle, sixième dans le monde
Le site de Chalon-sur-Saône sera la quatrième implantation française d’Arabelle Solutions et la sixième à l’échelle mondiale. Il s’ajoute à l’investissement de 350 millions d’euros annoncé en début d’année à Belfort, où EDF muscle l’usine historique de turbines Arabelle pour absorber la charge des EPR2 français et étrangers (Hinkley Point C, Sizewell C, palier polonais).
L’ensemble de ces décisions traduit une bascule industrielle nette : la France reconstruit, brique par brique, une chaîne d’approvisionnement « lourde » que dix années de panne nucléaire avaient fragilisée. Pour mémoire, Framatome a déjà décroché un contrat majeur sur les composants lourds des EPR2, et la filière mobilise désormais des fonderies, chaudronniers et soudeurs sur tout le territoire.
Un calendrier sous tension : décision finale d’investissement attendue fin 2026
Cette annonce intervient à quelques mois d’un rendez-vous décisif : la décision finale d’investissement (FID) sur les six EPR2, qu’EDF doit prendre « avant la fin de l’année 2026 ». Paris pousse la Commission européenne à boucler son examen des aides d’État dans le même délai. Bruxelles a ouvert une enquête approfondie sur le financement, et l’issue conditionnera le démarrage à plein régime du chantier de Penly comme la montée en cadence du tissu industriel français.
Le programme EPR2 prévoit environ 10 GW de nouvelles capacités pilotables, à un coût récemment réévalué autour de 75 milliards d’euros (hors financement). Une partie de ce montant sera mobilisée via le Livret A, une orientation politique inédite pour le financement du nucléaire en France.
Un signal pour les investisseurs et la souveraineté
Au-delà des chiffres, l’annonce d’Arabelle Solutions envoie deux signaux. Le premier, industriel : la filière sécurise ses goulots d’étranglement (gros forgés, échangeurs, turbines) avant le démarrage des EPR2, pour ne pas reproduire les déconvenues de Flamanville 3. Le second, politique : l’État et EDF avancent en synchronisation avec une stratégie énergétique stabilisée, au moment où le parc existant a atteint 104 TWh au premier trimestre 2026, signe d’une exploitation à nouveau performante.
Reste un défi majeur : les compétences. Avec plus de 100 000 emplois à pourvoir dans la filière française d’ici 2030, l’usine de Chalon-sur-Saône ne pourra tenir son rendez-vous que si l’écosystème de formation suit. C’est, plus encore que les milliards investis, la véritable condition de réussite du programme EPR2.


