Framatome a décroché auprès d’EDF la commande des chaudières nucléaires des futurs EPR2 : cuves de réacteur, générateurs de vapeur et pressuriseurs. Un contrat emblématique qui consacre le rôle du groupe dans la relance du nucléaire français, tandis que le projet Forge+ promet de doter la France d’une capacité de forgeage inédite en Europe.
Un contrat structurant pour le programme EPR2
Le programme EPR2, qui prévoit la construction de six réacteurs de nouvelle génération sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey, franchit une étape industrielle majeure. Framatome, filiale d’EDF spécialisée dans la conception et la fabrication des équipements nucléaires, a été officiellement retenu pour fournir l’ensemble des composants lourds de la chaudière nucléaire.
Ce contrat porte sur les éléments les plus critiques d’un réacteur à eau pressurisée : la cuve du réacteur, qui contient le combustible et supporte des pressions de 155 bars à 320 °C ; les quatre générateurs de vapeur, échangeurs thermiques de plus de 20 mètres de haut qui transfèrent la chaleur du circuit primaire au circuit secondaire ; et le pressuriseur, qui maintient l’eau du circuit primaire à l’état liquide. Selon la SFEN, il s’agit du plus important contrat de fourniture nucléaire signé en France depuis le lancement du programme EPR de Flamanville.
Forge+ : une forge géante pour l’autonomie industrielle
Pour honorer cette commande et les suivantes, Framatome a lancé le projet Forge+, une nouvelle installation de forgeage de très grande capacité. La concertation publique est en cours pour implanter cette forge sur un site existant de Framatome, vraisemblablement au Creusot (Saône-et-Loire), berceau historique de la métallurgie nucléaire française.
Forge+ vise à produire des pièces forgées de plus de 300 tonnes, une capacité que seuls quelques sites au monde possèdent : Japan Steel Works au Japon, OMZ Izhora en Russie et Doosan en Corée du Sud. L’enjeu est stratégique : lors de la construction de l’EPR de Flamanville, EDF avait dû recourir à JCFC au Japon pour la forge de la cuve, créant une dépendance que la filière veut désormais éliminer.
L’investissement, estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, est soutenu par l’État dans le cadre du plan France 2030. La nouvelle forge devrait être opérationnelle d’ici 2030, à temps pour fournir les composants de la deuxième paire d’EPR2 à Gravelines.
Un savoir-faire industriel à reconstituer
Au-delà de la forge, c’est toute une chaîne de compétences que Framatome doit reconstituer. Le site du Creusot, qui avait forgé les cuves du parc historique dans les années 1980, a vu ses effectifs fondre pendant les décennies de pause nucléaire. Il emploie aujourd’hui environ 2 500 personnes, un chiffre qui devrait croître sensiblement avec la montée en charge du programme EPR2.
La fabrication d’une cuve EPR2 mobilise une dizaine de métiers hautement qualifiés : métallurgistes, soudeurs certifiés, contrôleurs non destructifs, usineurs de précision. Le GIFEN estime que la filière nucléaire devra recruter 100 000 personnes d’ici 2030, dont une part significative pour les activités de forgeage et de fabrication de composants lourds.
Pour accélérer la montée en compétences, Framatome a noué des partenariats avec plusieurs écoles d’ingénieurs et centres de formation professionnelle. Le groupe a également investi dans la numérisation de ses processus de contrôle qualité, tirant les leçons des anomalies détectées dans les soudures de l’EPR de Flamanville.
Un enjeu de souveraineté européen
Le contrat Framatome s’inscrit dans une logique de souveraineté industrielle qui dépasse le seul cadre français. Avec le retour du nucléaire en Europe — la Pologne, la Tchéquie, les Pays-Bas et la Suède envisagent de nouveaux réacteurs —, la demande en composants lourds va exploser dans les prochaines décennies. Framatome, seul fabricant européen de cuves de réacteurs, se positionne comme fournisseur incontournable.
Le programme EPR2 sert ainsi de vitrine technologique pour l’export. Les composants fabriqués en France pourront être proposés aux clients étrangers, créant un effet d’échelle qui amortira les investissements de Forge+ sur un volume de commandes bien supérieur aux six réacteurs français.
Calendrier et prochaines étapes
Le calendrier de fabrication est contraint. Les premiers composants forgés pour l’EPR2 de Penly doivent être livrés à partir de 2028, ce qui suppose un début de production en forge dès 2027. En parallèle, l’usine de Romans-sur-Isère (Drôme) prépare la fabrication des assemblages de combustible, tandis que le site de Jeumont (Nord) produit les pompes primaires.
La montée en cadence industrielle constitue le principal défi. Framatome devra passer d’un rythme artisanal — une cuve tous les quelques années pour la maintenance du parc — à une production quasi sérielle de composants pour six réacteurs en moins de dix ans. Un défi que le groupe entend relever grâce à la standardisation du design EPR2, conçu dès l’origine pour faciliter la fabrication en série.
Ce qu’il faut retenir
- Framatome fournira l’ensemble des composants lourds (cuves, générateurs de vapeur, pressuriseurs) pour les six EPR2 français.
- Le projet Forge+ dotera la France d’une capacité de forgeage de pièces de plus de 300 tonnes, réduisant la dépendance aux fournisseurs étrangers.
- L’investissement crée un effet de souveraineté européen, positionnant Framatome comme fournisseur clé de la relance nucléaire continentale.
- La montée en cadence industrielle et le recrutement de compétences spécialisées restent les principaux défis.


