Nucléaire

Nucléaire : 104 TWh au T1 2026, EDF tient son cap de production

Le parc nucléaire d’EDF a produit 104 TWh entre janvier et mars 2026, un plus haut depuis plusieurs années et une hausse de 1 TWh sur un an. La disponibilité moyenne des réacteurs s’établit à près de 86 %, confirmant la trajectoire haute que le producteur vise pour l’ensemble de l’exercice. Au-delà des chiffres, c’est la capacité du pilotable nucléaire à encaisser la baisse des prix spot et à préparer les inspections décennales des 1 300 MW qui se dessine derrière ce trimestre.

Un premier trimestre dans la lignée de 2025

Les données d’exploitation publiées par EDF sont sans ambiguïté : sur les trois premiers mois de l’année, le parc français a généré 104,0 TWh d’électricité d’origine nucléaire, contre 103 TWh sur la même période en 2025. Le mois de mars 2026 ressort à 33,1 TWh, en progression de 0,8 TWh par rapport à mars 2025. Entre octobre 2025 et avril 2026, 49 réacteurs auront été en production, contre 46 l’hiver précédent, confirmant le redressement opérationnel amorcé après la crise de corrosion sous contrainte qui avait pénalisé la production en 2022.

Cette performance se traduit aussi sur les marchés. La France a retrouvé en 2025 sa place d’exportateur net d’électricité et, au premier trimestre 2026, la disponibilité élevée du parc a contribué à contenir les prix spot malgré des épisodes de forte volatilité observés début avril.

Une trajectoire 350-370 TWh confirmée pour 2026 et 2027

Conformément aux communications faites fin 2025 aux investisseurs, EDF confirme une estimation de production nucléaire en France comprise entre 350 et 370 TWh pour 2026 comme pour 2027, avec une fourchette de 345-375 TWh en 2028. La trajectoire retenue suppose une production moyenne de 362 TWh sur 2026-2028, soit un taux de disponibilité moyen de 73,2 %.

Le premier trimestre, souvent décisif pour l’atteinte de la cible annuelle, place le parc dans le milieu haut de cette fourchette. Pour les directions énergie, c’est un signal utile : la volatilité structurelle du facteur de charge s’atténue, et la visibilité sur la contribution du nucléaire au mix gagne en crédibilité.

Inspections décennales : le vrai test des prochains mois

Le programme de maintenance 2026 est particulièrement dense. Il inclut la finalisation des dernières visites décennales (VD) des 32 réacteurs de 900 MW (VD4), mais surtout le démarrage des visites décennales des 20 réacteurs de 1 300 MW (VD4), qui conditionnent la prolongation de ces tranches au-delà de 40 ans.

Chaque VD mobilise des milliers d’intervenants, exige des investissements de plusieurs centaines de millions d’euros par réacteur et suppose la validation de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). L’ASNR a d’ailleurs autorisé, fin mars 2026, plusieurs modifications notables sur les conditions d’exploitation de centrales françaises, un signe que le dialogue technique continue de structurer le calendrier industriel.

Parc existant et EPR2 : deux horizons qui se rejoignent

La performance du parc existant n’est pas un sujet isolé. Elle conditionne la crédibilité du programme EPR2, qui attend une décision finale d’investissement fin 2026 sous réserve du feu vert de Bruxelles. La Commission européenne a ouvert le 31 mars une enquête approfondie sur les aides d’État envisagées — prêt bonifié et contrat pour différence — pour un programme chiffré à 72,8 milliards d’euros.

Dans ce contexte, chaque TWh produit par le parc actuel pèse doublement : il alimente la trésorerie d’EDF, qui doit absorber les coûts initiaux des EPR2, et il démontre la capacité industrielle française à opérer un parc standardisé — un argument central du dossier porté à Bruxelles.

Après l’ARENH : le versement nucléaire universel entre en scène

Le trimestre 2026 est aussi le premier « hors ARENH ». Le mécanisme d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique a pris fin le 31 décembre 2025. Il cède la place au versement nucléaire universel (VNU), qui fixe une cible de prix moyen autour de 70 €/MWh sur 15 ans et prévoit une redistribution partielle des recettes d’EDF lorsque les prix de gros dépassent certains seuils.

Concrètement, le VNU adosse la compétitivité industrielle française à la performance du parc : plus celui-ci produit, plus les marges de manœuvre pour lisser les prix aux consommateurs industriels et résidentiels sont importantes. À l’inverse, une année basse en production fragiliserait l’équilibre du dispositif.

Ce que cela change pour les acheteurs d’électricité

Pour les directions achats énergie et les grands consommateurs industriels, le message est clair : la prime au risque associée au facteur de charge du parc français se réduit. Sur le forward baseload 2026, les prix restent compris entre 58 et 70 €/MWh, soit un niveau compatible avec les trajectoires de décarbonation portées par la PPE3. La publication en février 2026 de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, qui cible 650 à 693 TWh de production décarbonée en 2035, accentue d’ailleurs le rôle de pivot accordé au nucléaire.

Les responsables flexibilité observeront aussi ce trimestre avec attention : une production nucléaire abondante renforce la pertinence du stockage par batteries et des effacements, en accentuant les écarts de prix entre heures creuses et heures pleines. Les annonces récentes de Neoen (496 MWh à Vernou-la-Celle-sur-Seine) ou d’Engie (400 MW de BESS) s’inscrivent directement dans ce mouvement.

Perspective : un socle pilotable qui retrouve de la densité

Un premier trimestre à 104 TWh ne garantit pas à lui seul une année 2026 record. Mais il installe le parc nucléaire français dans une dynamique prévisible et exportable, au moment où l’Europe discute la trajectoire de ses propres investissements nucléaires — Euratom a mobilisé 222 millions d’euros pour la fusion et 200 millions de garantie pour les technologies innovantes.

La bataille ne se jouera pas seulement sur la production brute, mais sur la capacité à livrer les visites décennales dans les délais, à sécuriser le calendrier EPR2 avec Bruxelles et à arrimer le versement nucléaire universel aux réalités industrielles. Pour l’instant, le signal envoyé par le T1 2026 va dans le bon sens.

Sources : communications opérationnelles EDF (investisseurs, communiqués 2026), Connaissance des Énergies, ASNR, Commission européenne (enquête approfondie EPR2, 31 mars 2026), PPE3 (Bercy).

À lire aussi sur Pilotable.fr : Électrification : la France double la mise à 10 Mds€/an et les décisions clés du 5ᵉ conseil de politique nucléaire.

Pilotable.fr

Retour en haut