Nucléaire

5e Conseil de Politique Nucléaire : les décisions clés du 12 mars

Le 12 mars 2026, l’Elysee a accueilli le cinquieme Conseil de Politique Nucleaire (CPN). Preside par Emmanuel Macron, ce rendez-vous strategique a accouche de decisions majeures : mecanisme de financement via le Livret A, etude de huit EPR2 supplementaires, feuille de route SMR et plan de formation de la filiere. Decryptage.

Un CPN sous le signe de l’acceleration

Cree en 2023, le Conseil de Politique Nucleaire reunit autour du president de la Republique les ministres concernes, les dirigeants d’EDF, d’Orano, de Framatome, du CEA et les representants de la filiere. Ce cinquieme CPN intervenait dans un contexte particulier : deux jours apres le sommet international sur le nucleaire civil accueilli a Paris, et alors que la decision finale d’investissement (DFI) sur les six premiers EPR2 est attendue fin 2026.

Le communique de l’Elysee detaille une serie de decisions qui marquent une etape dans la relance nucleaire francaise. L’ambition n’est plus seulement de construire six reacteurs, mais de poser les jalons d’un programme de long terme.

Le Livret A au service du nucleaire

La decision la plus commentee concerne le mecanisme de financement. Le CPN a acte le principe d’un pret bonifie adosse a l’epargne du Livret A pour financer jusqu’a 60 % du cout du programme EPR2. Ce montant representerait environ 44 milliards d’euros sur les 72,8 milliards du programme global.

Le Livret A, avec ses 400 milliards d’euros d’encours, est le produit d’epargne le plus populaire en France. Aujourd’hui, une partie de cette epargne finance deja le logement social via la Caisse des Depots. L’elargir au nucleaire represente une innovation financiere majeure. Le taux du pret serait inferieur aux conditions de marche, reduisant significativement le cout du capital — un parametre decisif pour le nucleaire, dont l’essentiel du cout reside dans la construction initiale.

La Commission europeenne, qui a ouvert en janvier une enquete sur les aides d’Etat au programme EPR2, devra se prononcer sur la compatibilite de ce mecanisme avec le droit europeen de la concurrence.

Huit EPR2 supplementaires a l’etude

Au-dela des six premiers EPR2 (deux a Penly, deux a Gravelines, deux a Bugey), le CPN a confirme le lancement d’etudes pour huit reacteurs supplementaires. Cette annonce, deja evoquee dans la PPE3, prend une dimension plus concrete avec l’identification de sites potentiels.

Parmi les sites mentionnes dans les discussions : Tricastin (Drome), Chinon (Indre-et-Loire), Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) et Paluel (Seine-Maritime). Tous sont des sites nucleaires existants, ce qui facilite les procedures d’autorisation et de raccordement. La decision formelle sur ces huit reacteurs supplementaires n’est pas attendue avant 2028-2029, mais les etudes prealables sont lancees des maintenant.

Feuille de route SMR : Calogena et Jimmy confirmes

Le CPN a egalement valide la feuille de route des petits reacteurs modulaires (SMR). Les deux projets francais finances par France 2030 — Calogena et Jimmy Energy — sont confirmes avec des objectifs de prototype industriel a l’horizon 2030-2032.

Calogena, porte par EDF et le CEA, vise la cogeneration (electricite + chaleur industrielle) avec un reacteur de 200 MWth. Jimmy Energy, issu de Naarea, developpe un concept de micro-reacteur a sel fondu de 40 MWe. Les deux projets sont complementaires : le premier cible les sites industriels de grande taille, le second les installations isolees ou les zones non raccordees.

L’Elysee a precise que l’objectif est de positionner la France comme la France négocie aussi à l’exportateur de technologie SMR, en complement du programme EPR2 destine au marche domestique.

Formation et emploi : 100 000 recrutements confirmes

Le GIFEN (Groupement des industriels francais de l’energie nucleaire) avait chiffre a 100 000 le nombre de recrutements necessaires d’ici 2035. Le CPN a acte la creation d’un « plan national de formation nucleaire » dote de 500 millions d’euros sur cinq ans.

Ce plan prevoit la creation de cinq centres de formation dedies au nucleaire (soudage, chaudronnerie, genie civil), le doublement des places en BTS et licences pro a orientation nucleaire, des partenariats avec les Compagnons du Devoir et les CFA pour les metiers manuels, et un programme de reconversion pour les salaries des filieres fossiles en declin.

Le volet international du plan prevoit egalement l’accueil d’ingenieurs etrangers, notamment polonais et tcheques, dans le cadre des accords de cooperation nucleaire signes avec ces pays.

Surete et prolongation : l’ASNR missionnee

Le CPN a demande a l’ASNR (Autorite de surete nucleaire et de radioprotection) d’accelerer l’instruction des dossiers de prolongation des reacteurs existants au-dela de 50 ans. La PPE3 prevoit que le parc actuel fonctionnera « aussi longtemps que possible », mais l’autorite de surete doit valider chaque prolongation au cas par cas.

L’Elysee a insiste sur la necessite de concilier rigueur en matiere de surete et respect des calendriers industriels, un equilibre delicat qui avait fait l’objet de tensions lors de la crise de corrosion sous contrainte en 2022.

Ce qu’il faut retenir

  • Un pret bonifie adosse au Livret A financera jusqu’a 60 % du programme EPR2 (environ 44 milliards d’euros).
  • Huit EPR2 supplementaires sont a l’etude, sur des sites nucleaires existants (Tricastin, Chinon, Saint-Laurent, Paluel).
  • Les SMR Calogena et Jimmy Energy sont confirmes avec un objectif de prototype industriel en 2030-2032.
  • Un plan national de formation nucleaire de 500 millions d’euros sur cinq ans est cree pour les 100 000 recrutements.
  • L’ASNR est chargee d’accelerer l’instruction des dossiers de prolongation au-dela de 50 ans.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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