Hydrogène

Hydrogène vert à 4,5 €/kg : le biogaz défie l’électrolyse

Et si l’hydrogène vraiment vert n’avait plus besoin d’électrolyseurs géants ni d’éoliennes par centaines ? Le projet européen TITAN vient de valider un procédé qui produit de l’hydrogène à partir de biogaz, pour un coût annoncé entre 3,90 et 4,50 euros le kilo. Le tout en consommant trois fois moins d’énergie que l’électrolyse. De quoi rebattre les cartes d’une filière qui cherche encore son modèle économique.

Production et distribution d'hydrogène vert en France
La compétitivité du coût de production reste le nerf de la guerre pour l’hydrogène vert.

Le verrou de l’électrolyse

Depuis dix ans, l’hydrogène vert rime avec une seule équation : de l’électricité renouvelable, de l’eau, un électrolyseur. Le principe est propre. Son talon d’Achille, c’est la facture. Il faut beaucoup d’électrons décarbonés, donc beaucoup de capacités solaires ou éoliennes, pour casser la molécule d’eau et libérer l’hydrogène. Résultat, le kilo produit par cette voie reste nettement plus cher que l’hydrogène gris, celui qu’on tire aujourd’hui du gaz fossile en relâchant du CO2.

Les progrès existent. Certains électrolyseurs affichent désormais des rendements records qui rapprochent la filière de la rentabilité. Mais la dépendance à l’électricité reste entière. Quand le réseau est tendu, comme cette semaine sous la canicule, produire de l’hydrogène par électrolyse devient mécaniquement plus coûteux. C’est précisément ce point que TITAN attaque par un autre angle.

TITAN, ou l’hydrogène sans casser l’eau

Le pari du projet européen tient en une idée : ne plus partir de l’eau, mais du biogaz. Au lieu d’électrolyser, on décompose directement le méthane d’origine renouvelable en deux produits, de l’hydrogène d’un côté, du carbone solide de l’autre. La réaction réclame de la chaleur, pas un torrent d’électrons. C’est là que se loge le gain : selon les données du projet, la consommation d’énergie est divisée par trois face à l’électrolyse classique.

La nuance compte. En visant le biogaz, et non le gaz naturel fossile, TITAN revendique un hydrogène réellement renouvelable. La distinction le sépare de l’hydrogène dit turquoise, issu de la pyrolyse du méthane fossile et déjà porté par des acteurs comme le finlandais Hycamite. Même technologie de rupture de la molécule, matière première différente, et donc bilan carbone différent.

Le carbone solide, un sous-produit qui change la donne

Voilà l’autre intérêt du procédé. Là où l’hydrogène gris rejette du CO2 gazeux dans l’atmosphère, TITAN immobilise le carbone sous forme solide. Un solide se stocke, se manipule, parfois se valorise comme matériau. Bien plus simple à gérer qu’un gaz qu’il faudrait capter, comprimer puis enfouir. Le carbone n’est plus un déchet diffus, il devient un coproduit tangible. Pour une filière qui se bat sur chaque euro et chaque tonne évitée, ce détail technique pèse lourd dans l’équation finale.

Reste la question des volumes. Un procédé validé en projet de recherche n’est pas encore une usine. La marche à franchir entre le démonstrateur et la production industrielle est longue, et beaucoup de promesses technologiques s’y sont brisées. TITAN devra prouver que ses 4,5 euros le kilo tiennent à l’échelle, hors laboratoire, avec un approvisionnement en biogaz fiable et abordable.

Industrialisation de la filière hydrogène en France
La filière française mise sur la baisse des coûts pour passer à l’échelle industrielle.

Ce qu’il reste à prouver

Un bémol s’impose. Annoncer 4,5 euros le kilo dans le cadre d’un projet européen ne garantit pas ce prix à la pompe industrielle. Trois inconnues pèsent sur la suite. D’abord le passage à l’échelle, qui suppose des réacteurs de plus grande taille et une fiabilité prouvée sur des milliers d’heures. Ensuite l’accès au biogaz, dont le prix grimpe dès que la demande s’intensifie, entre injection dans le réseau gazier et autres débouchés. Enfin la valorisation du carbone solide, qui ne tiendra ses promesses que s’il trouve preneur, dans les matériaux ou la métallurgie, plutôt que de finir en simple stock à gérer.

Aucun de ces obstacles n’est rédhibitoire. Mais chacun peut grignoter l’avantage économique affiché aujourd’hui. La filière a déjà connu son lot d’annonces spectaculaires démenties par la dure réalité industrielle. La prudence reste donc de mise, sans pour autant balayer une approche qui, sur le papier, coche beaucoup de cases.

Pourquoi ça compte pour la stratégie française

La France a placé l’hydrogène au cœur de sa feuille de route énergétique. Décarboner l’industrie lourde, la sidérurgie, la chimie, les engrais, ces secteurs qu’on n’électrifie pas d’un claquement de doigts : l’hydrogène y est souvent la seule option crédible. Encore faut-il le produire à un prix qui ne ruine pas l’utilisateur final. C’est tout l’enjeu de la PPE et des objectifs nationaux, régulièrement jugés trop ambitieux au regard des coûts réels.

Un procédé qui divise la consommation d’énergie par trois et s’affranchit en partie de la pression sur le réseau électrique ouvre une piste sérieuse. Le biogaz, lui, ne manque pas : méthanisation agricole, déchets, stations d’épuration. La France dispose déjà d’un gisement en croissance. Coupler cette ressource locale à une production d’hydrogène bon marché, ce serait une forme de souveraineté énergétique très concrète.

L’hydrogène n’a jamais souffert d’un déficit d’usages. Il déborde d’applications, du sport automobile au transport maritime en passant par le rail. Son problème, c’est le prix de production. Si des approches comme celle de TITAN tiennent leurs promesses, le verrou pourrait enfin sauter. Reste à transformer un résultat de laboratoire en tonnes livrées. Le pari n’est pas gagné, mais il vaut la peine d’être suivi de près, comme nous le faisons chaque jour dans notre veille énergie.

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