Nucléaire

SMR : EDF mise sur les mini-réacteurs pour alimenter les data centers de l’IA

EDF n’attend plus que les chantiers géants pour relancer l’atome. Le 24 juin, l’électricien a déposé avec l’américain Holtec une proposition pour bâtir des petits réacteurs modulaires au Royaume-Uni, destinés à nourrir un data center dédié à l’intelligence artificielle. Le signal est clair : le SMR sort du laboratoire et part chasser des clients.

Cottam, un terrain de jeu grandeur nature

Le projet vise l’ancienne centrale à charbon de Cottam, dans le Nottinghamshire. Jusqu’à quatre réacteurs modulaires y seraient installés, pour une facture estimée autour de 12,8 milliards d’euros. La cible n’est pas le réseau classique. C’est un data center d’un gigawatt, taillé pour les besoins explosifs de l’IA.

Le choix du site n’a rien d’anodin. Une friche charbonnière dispose déjà du raccordement réseau, du foncier et de l’acceptabilité locale d’un site industriel. De quoi gagner des années. EDF s’y présente en partenaire d’Holtec, et tente de transformer son savoir-faire nucléaire en produit exportable, pas seulement en mégaprojet hexagonal.

Petit réacteur modulaire SMR
Le SMR, un réacteur de moins de 300 MWe pensé pour être fabriqué en série.

Le SMR, c’est quoi au juste

Un SMR (small modular reactor) est un réacteur de moins de 300 MWe, conçu pour être fabriqué en usine puis assemblé sur site. L’argument de vente tient en deux mots : série et standardisation. Là où un EPR2 réclame un chantier titanesque, le mini-réacteur promet des modules répétables, donc en théorie moins chers et plus rapides à déployer.

Le couplage avec un data center illustre l’autre promesse. Ces centres de calcul ont besoin d’une électricité massive, stable, disponible jour et nuit. Le pilotable dans toute sa définition. Difficile de tenir cet engagement avec du solaire seul. Un réacteur posé à côté du site répond pile à ce besoin de base décarbonée.

Pourquoi l’IA réveille l’atome

Les data centers dédiés à l’intelligence artificielle redessinent la demande électrique mondiale. Un seul site peut désormais réclamer autant qu’une ville moyenne, en continu, sans tolérance pour la coupure. Les géants du numérique l’ont compris et signent les uns après les autres des contrats d’approvisionnement nucléaire de long terme, parfois sur des décennies.

Ce profil de consommation colle au nucléaire comme un gant. Une fois construit, un réacteur tourne en base, à pleine puissance, des milliers d’heures par an. Pour un opérateur de data center, c’est la garantie d’un prix stable et d’une empreinte carbone maîtrisée, loin de la volatilité des marchés spot. Le SMR ajoute un atout : sa taille permet de coller la production au plus près du besoin, site par site, sans surdimensionner un réacteur de 1 600 MWe.

La France avance en ordre dispersé

Derrière l’effet d’annonce britannique, la filière française cherche encore sa formule. Le programme phare reste Nuward, porté par EDF, le CEA, Naval Group, TechnicAtome et Framatome. Profondément redéfini en 2024 au profit de technologies plus éprouvées, il vise désormais une puissance d’environ 400 MWe, avec un design conceptuel attendu pour mi-2026.

À côté du mastodonte public, une nuée de start-up pousse. Jimmy, qui développe un générateur de chaleur nucléaire pour l’industrie, a décroché 80 millions d’euros de financement supplémentaire, dont la moitié de fonds publics, et vise la livraison d’une première unité à un client fin 2026. Calogena, sur le créneau de la chaleur urbaine, a bouclé une levée de près de 100 millions d’euros, dont 48 millions issus de France 2030. Newcleo, franco-italienne, a annoncé fin mai son intention de s’introduire au Nasdaq pour financer son réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb.

L’État a mis environ un milliard d’euros sur la table via France 2030 pour ces réacteurs innovants. Mais la route reste minée. La faillite retentissante de la start-up Naarea, pourtant lauréate France 2030, a rappelé en 2026 une réalité brutale : derrière la promesse technologique, le SMR demeure un pari industriel et financier à haut risque.

L’Europe veut sa part, vite

Bruxelles a dévoilé en mars 2026 une stratégie dédiée aux petits réacteurs, avec l’objectif de premiers SMR en service au début des années 2030 et une enveloppe initiale de 200 millions d’euros via le programme InvestEU. Le calendrier est tendu, et plusieurs observateurs jugent l’ambition financière encore trop modeste face aux montants engloutis par chaque prototype.

La question de fond n’est plus technique. Elle est industrielle et commerciale. Qui produira en série, pour quels clients, à quel prix ? Le pari de Cottam, en liant un réacteur à un besoin identifié et solvable comme un data center, esquisse une réponse. D’autres tentent la même équation ailleurs, à l’image du choix de Rolls-Royce par la Suède ou des 30 milliards d’euros que l’Italie veut mettre sur 15 à 20 SMR.

Un nucléaire à deux vitesses

Le SMR ne remplace pas le grand carénage ni le programme EPR2, dont EDF a confié le chantier à un consortium géant du BTP. Il vise d’autres usages : chaleur industrielle, réseaux isolés, alimentation dédiée de gros consommateurs. Deux logiques cohabitent désormais. L’une mise sur la puissance et la durée. L’autre sur la modularité et la vitesse.

Reste à savoir laquelle tiendra ses promesses de coût. Le premier SMR français qui alimentera un client réel, peut-être dès fin 2026 du côté de Jimmy, en dira plus long que tous les communiqués. Le nucléaire modulaire a trouvé ses clients sur le papier. Il lui faut maintenant livrer.

Pilotable.fr

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