Huit réacteurs EPR2 supplémentaires, six villes candidates, quatre places encore à distribuer. La deuxième phase de la relance nucléaire française vient de franchir une étape avec le dépôt officiel de la candidature de Nogent-sur-Seine, dans l’Aube. Un dossier qui mise sur l’eau autant que sur la géographie pour convaincre EDF, dans une actualité nucléaire chargée que notre veille du jour détaille également.
Une candidature déposée en grande pompe
C’est une délégation venue directement du siège d’EDF qui a reçu le dossier. Bernard Fontana, PDG du groupe, a accueilli les élus de Nogent-sur-Seine venus plaider pour l’accueil de deux réacteurs EPR2 de nouvelle génération. La centrale, qui compte déjà deux réacteurs en fonctionnement, pourrait ainsi passer à quatre unités.
La ville se situe à une centaine de kilomètres de Paris, un atout logistique non négligeable pour l’acheminement des équipements lourds et la proximité avec les centres de décision. Mais l’argument mis en avant par la délégation locale va plus loin que la simple géographie.
L’EPR2 reste un dérivé de l’EPR mis en service à Flamanville, pensé cette fois pour être plus simple à construire et moins coûteux à produire en série. C’est tout l’enjeu du programme lancé après l’annonce présidentielle de 2022 : six réacteurs actés dans un premier temps, avec une option pour huit de plus si la démonstration industrielle tient ses promesses sur les premiers chantiers.

L’argument de l’eau, en pleine crise climatique
Nogent-sur-Seine dispose d’un atout que peu de sites concurrents peuvent revendiquer : deux lacs réservoirs artificiels, le lac d’Orient et le lac du Temple, qui totalisent 400 millions de mètres cubes d’eau. Cette réserve sécurise le refroidissement des réacteurs même en cas de débit trop faible de la Seine.
L’argument n’a rien d’anecdotique. Les étés de sécheresse se multiplient, et la disponibilité en eau des centrales devient un critère de plus en plus scruté, y compris pour les projets déjà en service. Un site qui peut garantir sa propre réserve hydraulique part avec une longueur d’avance sur ce point précis, même si EDF évaluera bien d’autres critères avant de trancher.
Six villes, quatre places restantes
Pour resituer le contexte : la première phase de la relance nucléaire a déjà fixé son choix sur Penly, Gravelines et Bugey. Reste une deuxième vague de huit réacteurs à répartir, et six sites sont officiellement en lice pour les quatre emplacements encore disponibles, comme le détaillait notre article sur les six territoires candidats : Nogent, Golfech, Tricastin, Blayais, Creys-Malville et Chinon.
Chacun de ces sites a déjà l’expérience du nucléaire sur son territoire, ce qui simplifie l’acceptabilité locale et l’accès aux compétences. Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, a d’ailleurs fait parler d’elle la semaine dernière en confirmant elle aussi sa candidature auprès d’EDF, signe que la compétition s’anime à mesure que l’échéance approche. La décision de l’État sur les quatre lauréats est attendue avant la fin de l’année 2026, et rien n’est encore acté.
Au-delà des dossiers de candidature, EDF regarde plusieurs critères techniques avant de trancher : la disponibilité foncière autour des sites existants, la capacité du réseau électrique local à évacuer la production, et bien sûr l’acceptabilité sociale, généralement plus simple sur un territoire qui vit déjà avec une centrale depuis des décennies. Sur ce dernier point, aucun des six candidats ne part vraiment désavantagé.
Des enjeux économiques massifs pour les territoires
Le calcul explique l’empressement des élus locaux. Chaque projet d’EPR2 représente environ 10 milliards d’euros d’investissement, près de 10 000 emplois mobilisés et au moins dix ans de chantier. À l’échelle d’une commune ou d’un département, l’impact est considérable.
Il suffit de regarder les communes qui hébergent déjà une centrale pour s’en convaincre : la taxe foncière versée par les installations nucléaires gonfle largement les budgets municipaux, et les emplois directs et indirects irriguent tout le bassin d’activité alentour. Pour une ville moyenne comme Nogent-sur-Seine, l’arrivée de deux EPR2 changerait littéralement d’échelle son économie locale, sur une génération entière.
La construction des six premiers EPR2 s’organise déjà autour de partenariats industriels structurants, à l’image de l’alliance nouée entre EDF et Technip Energies pour bâtir les réacteurs. Mais le financement de ce programme reste un sujet sensible : la Cour des comptes a déjà pointé la facture de la renationalisation d’EDF, un rappel que l’ambition nucléaire française se heurte aussi à des contraintes budgétaires bien réelles.
Le calendrier à surveiller
D’ici la fin de l’année, EDF et l’État devront donc arbitrer entre six candidatures qui ont chacune leurs arguments : l’eau pour Nogent-sur-Seine, l’expérience industrielle pour d’autres, la proximité de sites déjà en activité pour la plupart. Le choix final déterminera où s’ancrera, pour les décennies à venir, une partie de la stratégie nucléaire française.
Reste une question ouverte : avec un calendrier de financement déjà tendu sur les six premiers réacteurs, la deuxième phase tiendra-t-elle le rythme annoncé, ou les arbitrages budgétaires viendront-ils, une fois de plus, redessiner le calendrier ?
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