Nucléaire

EPR2 : EDF s’allie à Technip Energies pour bâtir les six réacteurs

Lundi 27 juillet, EDF et Technip Energies ont signé l’accord qui va structurer le plus gros chantier industriel français des vingt prochaines années : la construction de six réacteurs EPR2. Un accord-cadre, pas un contrat définitif. Mais un signal fort pour un programme qui devait déjà, sur le papier, tenir un calendrier extrêmement serré.

Programme EPR2 : technologie nucléaire civile française
Le programme EPR2 doit doter la France de six nouveaux réacteurs d’ici le milieu du siècle.

Un accord-cadre pour sécuriser l’exécution du chantier

Dans son communiqué, Technip Energies précise que ses équipes vont travailler « au sein d’équipes intégrées avec les équipes d’EDF ». L’objectif affiché : mobiliser des expertises complémentaires pour tenir les délais, les coûts et la qualité attendus sur un chantier dont personne, à Bercy comme à EDF, ne prétend qu’il sera simple. Le groupe d’ingénierie, habitué aux méga-projets gaziers et pétrochimiques, apporte une culture de gestion de grands chantiers qui a parfois cruellement manqué à la filière nucléaire française sur l’EPR de Flamanville.

Ce n’est pas un hasard si EDF va chercher ce type de compétences à l’extérieur. La filière nucléaire française a perdu, en une génération, une bonne partie de son savoir-faire en gestion de très grands projets. Le chantier de Flamanville l’a montré à ses dépens, avec des années de retard et un coût final loin du devis initial. Un nouvel arrêt du réacteur, cet été encore, est venu rappeler que les difficultés ne s’arrêtent pas à la mise en service.

72,8 milliards d’euros, un devis qui a presque doublé en cinq ans

Le chiffre donne le vertige. Validé par le conseil d’administration d’EDF fin 2025, le devis prévisionnel des six EPR2 atteint 72,8 milliards d’euros en euros 2020, soit environ 83 milliards en euros 2025. Pour mesurer le chemin parcouru : EDF chiffrait le même programme à 51,7 milliards en 2021, puis à 67,4 milliards en 2023. En quatre ans, la facture a donc grimpé de plus de 40 %.

L’État financera 60 % de la facture via un prêt dédié, de l’ordre de 43,7 milliards d’euros. Bercy se veut rassurant et parle d’un chiffrage qui « respecte le calendrier imposé par l’État » et témoigne d’une « meilleure visibilité » d’EDF sur ses coûts. Reste que ce doublement en cinq ans interroge forcément sur la fiabilité des futures estimations, et sur la capacité de la filière à contenir les dérives une fois les pelleteuses sur site.

Trois sites, un calendrier étalé jusqu’en 2045

Les six réacteurs seront répartis sur trois sites déjà nucléarisés : Penly en Seine-Maritime, Gravelines dans le Nord, et le Bugey dans l’Ain. Une paire par site, logique industrielle oblige. Les premières mises en service ne sont pas attendues avant 2038, la dernière paire devant suivre jusqu’en 2045. Autant dire que le programme s’étale sur près de vingt ans, bien au-delà d’un mandat présidentiel ou d’une législature.

Ingénierie nucléaire, métiers et compétences pour le programme EPR2
Le programme EPR2 va mobiliser des milliers de soudeurs, ingénieurs et techniciens sur deux décennies.

Ce calendrier long pose une question simple : la France a-t-elle les compétences pour tenir un tel rythme sur trois chantiers menés de front ? La filière parle de 8 000 à 10 000 postes à pourvoir d’ici 2035, rien que pour les métiers de soudure et de chaudronnerie nucléaire. La stratégie énergétique publiée cette année fixe justement un cap de long terme pour ce type d’investissement. La SNBC3 table sur un mix associant nucléaire et renouvelables jusqu’en 2050, un horizon cohérent avec celui des EPR2, mais qui suppose que chaque maillon de la chaîne industrielle tienne la distance.

Le parc existant sous tension, en attendant les nouveaux réacteurs

En attendant la mise en service des EPR2, c’est le parc actuel qui doit absorber les pics de demande, canicule après canicule. Cet été encore, plusieurs réacteurs ont dû réduire leur puissance pour protéger les cours d’eau, pendant que d’autres, comme Civaux, ont montré la capacité du parc à absorber ces à-coups sans casser l’équilibre du réseau. Un rappel utile : les EPR2 ne remplaceront pas ce savoir-faire de pilotage fin, ils viendront s’y ajouter.

La décision finale d’investissement, rendez-vous de fin d’année

Reste l’étape la plus attendue : la décision finale d’investissement (DFI), qu’EDF doit présenter d’ici décembre 2026. C’est elle qui transformera l’accord-cadre et le devis en engagement ferme, chantier par chantier. La France a par ailleurs notifié à la Commission européenne le schéma de financement du programme, un point qui reste source de friction avec Bruxelles sur les aides d’État et la concurrence dans le secteur de l’énergie.

D’ici là, EDF et Technip Energies vont devoir transformer un accord de principe en méthode de travail concrète. Le programme nucléaire français a rarement eu autant besoin de tenir ses promesses de calendrier et de coûts. La question n’est plus de savoir si la France va relancer son parc, la décision est prise depuis longtemps. Elle est de savoir si cette fois, le chantier tiendra ses chiffres.

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