Le 13 juillet, l’ASNR a donné un avis favorable à Newcleo pour construire une usine de MOX à Pont-sur-Seine, dans l’Aube. Une décision technique, en apparence mineure. Elle verrouille pourtant une pièce du puzzle industriel des mini-réacteurs modulaires français : la production du combustible qui les alimentera.
Pont-sur-Seine, feu vert de l’ASNR
La future usine sera implantée à Pont-sur-Seine, dans l’Aube, à une dizaine de kilomètres de la centrale de Nogent-sur-Seine et de ses deux réacteurs de 1 300 MWe. Facture prévue : 1,8 milliard d’euros. Plus de 800 emplois à moyen terme, jusqu’à 1 700 sur le long terme. Première ligne de production visée pour 2030, deux autres pourraient suivre d’ici 2040. L’ASNR, dans son avis, juge que « les dispositions relatives à la démonstration de sûreté que retient Newcleo au stade d’options de sûreté sont satisfaisantes ». Un avis favorable, à ce stade, n’est pas une autorisation de construire. Il ouvre juste la voie aux étapes suivantes de l’instruction. Et elles s’annoncent longues.

Pourquoi le MOX, et pourquoi maintenant
Le MOX, mélange d’oxydes, est un combustible fabriqué à partir de plutonium et d’uranium issus du retraitement de combustible usé. En France, cette filière repose depuis des décennies sur l’usine Melox d’Orano, dans le Gard, qui alimente une partie du parc EDF. Newcleo, en construisant sa propre ligne, veut sécuriser l’approvisionnement de ses futurs réacteurs sans dépendre d’un fournisseur unique. Recycler des matières déjà extraites plutôt que d’en importer de nouvelles : la logique est celle de l’économie circulaire du nucléaire.
Le LFR-AS-30, un réacteur pensé pour ce combustible
Ce MOX doit alimenter le LFR-AS-30, un réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb liquide, 30 MWe, dont Newcleo a lancé le débat public il y a quelques mois près de Chinon. La stratégie de la startup franco-italienne est verticale, presque rare dans le nucléaire avancé : le réacteur, le combustible, et le centre de recherche de Chusclan, près de Marcoule. Tout, à la fois. Au total, Newcleo annonce environ 3 milliards d’euros d’investissements en France sur ces trois volets.

Cap sur les États-Unis
Le marché français n’est pas le seul horizon de l’entreprise. Newcleo a aussi engagé une procédure auprès de la Nuclear Regulatory Commission américaine pour homologuer son réacteur au plomb et son usine de MOX. Elle s’est associée à l’américain Oklo, un temps présidé par Sam Altman, pour appuyer cette incursion outre-Atlantique, et vise une cotation au Nasdaq via une fusion avec un SPAC. Valorisation évoquée : 2,4 milliards de dollars. Pilotable.fr était déjà revenu sur cette ambition américaine : Newcleo : le réacteur nucléaire français qui vise le marché américain.
Une pièce du puzzle SMR français
Newcleo n’est qu’un acteur parmi d’autres dans la course française aux petits réacteurs modulaires. EDF avance sur Nuward, avec en ligne de mire les data centers de l’intelligence artificielle (SMR : EDF mise sur les mini-réacteurs pour alimenter les data centers de l’IA). Le CEA et Stellaria, eux, explorent la voie des réacteurs à sels fondus à Cadarache (SMR à sels fondus : Stellaria et le CEA lancent l’INB ALPHA). Tous visent une mise en service autour de 2030-2035. Un calendrier serré, qui suppose de régler en parallèle financement, homologation et, Newcleo le montre bien, approvisionnement en combustible.
Reste une question que l’avis de l’ASNR ne tranche pas : celle du calendrier réel. Entre un avis favorable sur les options de sûreté et un décret d’autorisation de construire, il peut s’écouler plusieurs années, l’histoire de l’EPR de Flamanville le rappelle assez. Pour Newcleo, la course se joue maintenant sur deux tableaux à la fois, industriel et réglementaire, et sur deux continents. Qui, de Pont-sur-Seine ou de la NRC américaine, ira au bout en premier ?
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