Nucléaire

Gravelines : le site retenu pour la deuxième paire d’EPR2

Après Penly en Normandie, c’est au tour de Gravelines (Nord) d’accueillir la deuxième paire de réacteurs EPR2. Le plus grand site nucléaire d’Europe occidentale, avec ses six réacteurs existants de 900 MW, se prépare à un chantier titanesque. Mais le sol meuble du littoral flamand pose des défis techniques que Penly ne connaît pas.

Le site le plus puissant d’Europe occidentale

La centrale de Gravelines, en activité depuis 1980, aligne six réacteurs de 910 MW pour une puissance totale de 5 460 MW. En 2024, elle a produit 32,71 TWh d’électricité, ce qui en fait l’un des sites les plus productifs au monde. L’ajout de deux EPR2 de 1 670 MW chacun portera la puissance du site à plus de 8 800 MW — un record européen.

Le choix de Gravelines, confirmé par l’Élysée en juillet 2023, s’appuie sur plusieurs atouts : des infrastructures existantes (raccordement au réseau RTE, accès maritime pour les composants lourds), un bassin d’emploi nucléaire historique et une acceptabilité locale forte dans une région où la centrale est le premier employeur privé.

Un débat public nourri

Le débat public, organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP), s’est tenu du 17 septembre 2024 au 17 janvier 2025. Il a abordé les questions d’emploi, d’impact environnemental, de sûreté et d’urbanisme. La concertation se poursuit en 2026 sur les détails du projet, via une plateforme dédiée d’EDF.

Le défi du sol meuble

Contrairement à Penly, bâti sur la falaise crayeuse du pays de Caux, Gravelines est situé sur un sol de type polder, sableux et meuble. Les bâtiments réacteurs, qui pèsent plusieurs centaines de milliers de tonnes, nécessitent des fondations renforcées. L’ASNR a demandé à EDF de démontrer la fiabilité des solutions de stabilisation prévues — un enjeu technique qui n’existait pas pour la tête de série de Penly.

L’Autorité environnementale a par ailleurs publié un avis en février 2026 pointant une prise en compte insuffisante des risques d’exposition du site, notamment liés au changement climatique (montée du niveau de la mer, submersion marine, événements climatiques extrêmes). EDF devra compléter son étude d’impact avant le dépôt de la demande d’autorisation de construction.

Le calendrier prévisionnel

Le séquençage industriel est précis :

  • Octobre 2025 : dépôt de la demande d’autorisation environnementale (DAE)
  • Second semestre 2026 : début des travaux préparatoires (terrassements, accès, parkings)
  • Fin 2026 : décision finale d’investissement (DFI) commune aux trois sites
  • Second semestre 2028 : obtention de la demande d’autorisation de construction (DAC)
  • 2031 : premier béton
  • 2038 : mise en service du premier réacteur

Le coût de la paire de Gravelines est estimé à 16,9 milliards d’euros, sur un budget total de 72,8 milliards pour les six EPR2. La DFI, attendue fin 2026, est conditionnée à l’issue de l’enquête de la Commission européenne sur les aides d’État.

L’impact économique pour les Hauts-de-France

Les retombées attendues sont considérables. La paire d’EPR2 produirait chaque année l’équivalent de près de 40 % de la consommation énergétique des Hauts-de-France. En phase de construction, le chantier mobilisera jusqu’à 5 000 à 8 000 emplois directs, auxquels s’ajouteront les emplois induits dans l’hébergement, la restauration et les services. En exploitation, chaque réacteur emploie environ 800 personnes permanentes.

La région, qui accueille déjà la gigafactory ACC de batteries à Billy-Berclau et le site Orano du Tricastin à proximité, se positionne comme un pôle industriel majeur de la transition énergétique.

Ce qu’il faut retenir

Gravelines va accueillir le plus grand chantier nucléaire d’Europe. Le débat public est clos, les autorisations sont en cours, et les travaux préparatoires débuteront fin 2026. Le site bénéficie d’atouts uniques, mais le sol meuble et les enjeux climatiques imposent des précautions supplémentaires. La suite dépend de la DFI et du feu vert de Bruxelles.

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La rédaction

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