Nucléaire

EPR2 à Gravelines : l’enquête publique entre dans sa dernière ligne droite

Ouverte le 14 avril 2026 pour 32 jours, l’enquête publique relative au projet de construction de deux réacteurs EPR2 sur le site de Gravelines (Nord) entre désormais dans sa dernière ligne droite. C’est une étape réglementaire décisive avant la décision finale d’investissement attendue par EDF d’ici la fin de l’année.

Une consultation cruciale ouverte jusqu’à la mi-mai

L’enquête publique, conduite par le préfet du Nord, est ouverte du 14 avril au 16 mai 2026. Elle porte sur la demande d’autorisation environnementale déposée par EDF pour la construction des deux premiers EPR2 du programme de relance nucléaire. Les habitants du Dunkerquois, mais aussi tous les citoyens, peuvent consulter le dossier en mairie ou en ligne et déposer leurs observations auprès de la commission d’enquête.

Le rapport de cette commission sera ensuite transmis à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) ainsi qu’au gouvernement, qui devra se prononcer sur l’autorisation de construction. Plusieurs associations, dont la CRIIRAD, ont déjà fait part de leurs réserves sur le contenu du dossier de demande.

Centrale nucléaire française au coucher du soleil, illustration du programme EPR2 sous enquête publique à Gravelines
Le site de Gravelines accueillera la première paire d’EPR2 du programme de relance nucléaire.

Deux réacteurs nouvelle génération sur le site nordiste

Les deux EPR2 de Gravelines, d’une puissance unitaire d’environ 1 670 MW, formeront la « tête de série » du programme. Ils seront implantés à proximité immédiate de la centrale existante, qui exploite déjà six réacteurs de 900 MW. La mise en service du premier réacteur est annoncée pour 2038, suivie d’un second deux ans plus tard.

Gravelines fait partie des trois sites retenus pour les six premiers EPR2, aux côtés de Penly (Seine-Maritime) et du Bugey (Ain). Le programme global porte sur une capacité supplémentaire d’environ 10 GW, avec une option pour huit réacteurs additionnels prévue par la PPE3.

Les défis soulevés par les opposants

Les associations de défense de l’environnement et de protection contre la radioactivité pointent plusieurs faiblesses persistantes du dossier d’enquête. Sont notamment évoquées la prise en compte insuffisante de l’élévation du niveau marin face au site, qui pourrait dépasser 1 mètre d’ici 2100, ainsi que les risques liés à l’érosion du trait de côte sur cette portion du littoral nord. La gestion des matières et déchets nucléaires sur la durée de vie de l’installation, supérieure à 60 ans, fait également partie des points critiqués.

EDF, de son côté, met en avant la robustesse du site, l’expérience industrielle accumulée depuis quatre décennies sur Gravelines, et l’apport économique pour le bassin dunkerquois — déjà l’un des plus dynamiques de France en matière d’industrie décarbonée.

Un calendrier serré pour la décision finale d’investissement

Cette consultation publique s’inscrit dans une séquence dense de jalons réglementaires et industriels. La Commission européenne mène en parallèle une enquête approfondie sur le mécanisme de soutien public au programme EPR2, dont nous avions détaillé les enjeux dans notre article EPR2 : Bruxelles enquête sur les aides françaises à EDF. EDF espère obtenir le feu vert européen avant la fin 2026, condition de la décision finale d’investissement.

Côté industrie, les engagements se matérialisent : Arabelle Solutions a annoncé fin avril un investissement de 100 millions d’euros à Chalon-sur-Saône pour la fabrication des échangeurs thermiques des futurs réacteurs. Le coût plafond du programme reste fixé à 72,8 milliards d’euros (valeur 2020) pour les six premiers EPR2.

Et après l’enquête publique ?

À l’issue de la consultation, la commission d’enquête disposera d’un mois pour rendre son rapport. L’autorisation environnementale, condition préalable au démarrage des travaux, pourrait alors être délivrée par décret au second semestre 2026. Les premiers travaux préparatoires — terrassement, infrastructures de chantier — sont attendus dès 2027, pour un coulage du premier béton nucléaire visé en 2028.

L’enquête publique de Gravelines, par sa portée et sa visibilité, fixe ainsi le tempo politique d’un programme dont dépend en grande partie la souveraineté énergétique française à l’horizon 2040. Une étape technique, mais aussi un test démocratique pour le nouveau nucléaire.

Pilotable.fr

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