Nucléaire

Déchets TFA : l’ASNR demande de préparer l’après-Cires

Le stockage des déchets nucléaires de très faible activité (TFA) a une date de fin prévisible. Dans un avis du 29 septembre 2026, publié le 14 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) rappelle que le Cires, seul centre français dédié, devrait arriver à saturation vers 2040. Elle demande à l’Andra de lancer dès le prochain plan national les études d’un nouveau stockage. Pour les entreprises du démantèlement et de la valorisation des matériaux, l’avis dessine aussi leurs marchés à venir.

Un avis parmi six pour préparer le plan 2027-2031

Le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) est révisé tous les cinq ans par le ministère chargé de l’énergie. Le sixième couvrira 2027-2031. Après le débat public tenu du 10 octobre 2025 au 10 février 2026, l’ASNR publie entre septembre et octobre 2026 six avis par filière. Ceux sur les déchets TFA et sur les déchets de haute et moyenne activité à vie longue (HA et MA-VL) sont parus le 14 octobre. L’ASNR se prononcera ensuite sur le projet de plan rédigé par le ministère.

Ces avis ne sont pas des décisions : le ministère les reprendra ou non dans le plan.

Le Cires : la moitié de la capacité déjà utilisée

Les déchets TFA viennent surtout de l’exploitation, de la maintenance et du démantèlement des installations nucléaires : bétons, gravats, terres, métaux, plastiques. Le Cires, exploité par l’Andra dans l’Aube depuis 2003, est leur seul centre de stockage. Chiffres de l’avis n° 2026-AV-036 :

  • capacité autorisée : 950 000 m³ depuis l’extension « Acaci » autorisée en juillet 2024 ;
  • volume stocké fin 2024 : 486 000 m³, soit 51 % ;
  • apports annuels : de l’ordre de 25 000 à 30 000 m³ ;
  • saturation estimée par l’Andra : autour de 2040.

Analyse Pilotable : il reste donc 464 000 m³. Au rythme actuel des apports, cela représente 15 à 19 ans de stockage à partir de fin 2024. Un horizon 2040 suppose que les apports augmentent, ce que laisse attendre la montée en charge du démantèlement.

Les prévisions des producteurs vont dans ce sens. Le volume de déchets TFA stockés ou produits atteindrait environ 926 000 m³ en 2030 et 1 380 000 m³ en 2040, puis 2,4 millions de m³ environ à la fin du démantèlement des installations existantes. Ce dernier chiffre représente plus de deux fois et demie la capacité totale du Cires. L’ASNR conclut que « le besoin de nouvelles capacités de stockage est avéré ».

Six ans d’avance pour la demande d’autorisation

L’ASNR recommande que l’Andra lance pendant le 6e PNGMDR les études de conception d’une installation qui prendra le relais du Cires. Elle fixe une condition de calendrier : la demande d’autorisation devra être déposée au moins six ans avant la saturation de la capacité actuelle. Avec une saturation vers 2040, cela situe le dépôt au plus tard vers 2034 (calcul Pilotable).

Une piste de l’Andra consiste à implanter ce futur stockage TFA sur le même site que le centre FA-VL en projet sur la communauté de communes de Soulaines-Dhuys. L’ASNR note que le calendrier de ce projet FA-VL reste incertain, et demande que son avancement ne contraigne pas celui du stockage TFA.

Moins stocker : incinération, métaux, gravats

La capacité de stockage est qualifiée de « ressource rare ». L’avis classe les leviers dans cet ordre : valorisation des métaux, puis valorisation éventuelle des inertes (terres et gravats), enfin réduction de volume par incinération.

Incinération. Les déchets TFA solides incinérables représentent 2 400 à 5 600 m³ par an, environ 15 % du volume total, compatibles avec les capacités autorisées de Centraco. Elle retire environ 1 400 m³ par an au Cires, mais ajoute environ 300 m³ par an au Centre de stockage de l’Aube (CSA). L’ASNR veut la poursuivre.

Métaux. Le recyclage des métaux TFA est possible depuis le décret du 14 février 2022, sur dérogation. Le projet Technocentre, destiné notamment à fondre les aciers des générateurs de vapeur d’EDF et les échangeurs de l’usine Georges Besse, a fait l’objet d’un débat public entre le 10 octobre 2024 et le 7 février 2025 ; ses dossiers ont été déposés en juin et juillet 2026.

Gravats. L’Andra évalue à environ 3 200 m³ par an le flux de gravats TFA d’activité massique inférieure à 1 Bq/g qui pourraient être concassés pour combler les alvéoles du Cires, à la place de granulats conventionnels. L’ASNR juge le dimensionnement envisagé de l’installation de concassage « peu justifié » au regard du faible enjeu de radioprotection, et ouvre une autre piste : réutiliser bétons et gravats issus du démantèlement dans les chantiers des nouvelles installations nucléaires, qui auront de forts besoins en matériaux. Elle veut que la libération conditionnelle des gravats soit évaluée « dans les meilleurs délais », ces chantiers pouvant démarrer à court terme.

Étendre la valorisation au-delà des métaux exigera de changer la réglementation, avec, selon l’ASNR, les mêmes critères de radioprotection.

Les prestataires ICPE invités à la table

Des installations classées sous la rubrique ICPE 2797, exploitées notamment par Veolia Nuclear Solutions, Orano DS et Onet Technologies ND, traitent des déchets TFA d’autres producteurs, sans siéger à la commission de gouvernance du PNGMDR. L’ASNR recommande que leurs projets, concassage compris, y soient présentés.

Déchets à vie longue : des entreposages à tenir jusqu’à Cigéo

Le second avis publié le 14 octobre, n° 2026-AV-038, porte sur les déchets HA et MA-VL destinés au stockage géologique Cigéo. Les chroniques de livraison établies par l’Andra, EDF, Orano et le CEA prévoient une phase industrielle pilote active en 2050, puis une mise en service complète en 2055. D’ici là, il faut entreposer. L’ASNR juge les besoins bien identifiés à quinze ans, moins à trente. Quelques dates : saturation des entreposages de colis bitumés d’Orano anticipée pour 2043 ; extension d’ICEDA, au Bugey, au plus tôt pour 2045, l’installation devant fonctionner au minimum jusqu’en 2095, 25 ans de plus que prévu par son décret.

L’avis touche aussi le nouveau nucléaire. Les déchets des six EPR2 figurent dans l’inventaire de réserve de Cigéo ; leurs modes de conditionnement devraient être proches de ceux du parc actuel. Pour les SMR, aux combustibles très divers, l’ASNR demande que les filières de gestion (conditionnement, entreposage, transport, stockage) soient déterminées par les exploitants avant la mise en service, et que les porteurs de projets entrés dans un processus réglementaire participent à la gouvernance du PNGMDR. Enfin, elle estime que les déchets MA-VL produits avant 2015 ne seront pas conditionnés avant l’échéance de 2030 fixée par la loi.

À lire aussi : notre guide de l’énergie pilotable et l’enquête publique de Cigéo.

Ce qu’il faut surveiller

  • Les deux derniers avis de l’ASNR (FA-VL et résidus miniers d’uranium), annoncés dans la série de septembre-octobre 2026.
  • Le projet de 6e PNGMDR et ses textes d’application (décret et arrêté), puis l’avis de l’ASNR sur ce projet.
  • L’instruction du Technocentre, dont les dossiers ont été déposés en juin et juillet 2026.
  • Le lancement des études du successeur du Cires par l’Andra, avec un dépôt de demande d’autorisation au moins six ans avant la saturation.
  • 2030 : échéance légale de conditionnement des MA-VL produits avant 2015, et actualisation des chroniques de livraison vers Cigéo demandée par l’ASNR avant le 30 juin.

Sources : ASNR, note d’information du 14/10/2026 sur les déchets TFA et avis n° 2026-AV-036 du 29 septembre 2026 ; note d’information du 14/10/2026 sur les déchets HA et MA-VL et avis n° 2026-AV-038 du 29 septembre 2026.

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