Après Penly et Gravelines, c’est au tour du Bugey. Le site nucléaire de l’Ain, qui abrite déjà quatre réacteurs en exploitation, accueillera la troisième paire d’EPR2. Le décret qualifiant le projet d’intérêt général a été publié au Journal officiel, ouvrant la voie aux premières études d’ingénierie détaillée.
Un débat public largement favorable
Le débat public sur la construction d’une paire d’EPR2 au Bugey s’est déroulé de septembre à décembre 2025. Plus de 8 000 personnes y ont participé, à travers des réunions publiques dans les communes riveraines, des ateliers thématiques et une plateforme de contributions en ligne. Le bilan dressé par la Commission nationale du débat public (CNDP) fait état d’un soutien majoritaire de la population locale.
Les élus du département de l’Ain et de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont appuyé le projet, mettant en avant les retombées économiques : plusieurs milliers d’emplois pendant la phase de construction (estimée à dix ans), puis environ 2 500 emplois pérennes en exploitation. Le bassin d’emploi de la plaine de l’Ain, déjà structuré autour de l’industrie nucléaire depuis les années 1970, dispose d’un tissu de sous-traitants et de compétences adapté.
Le décret d’intérêt général publié
Le décret qualifiant le projet d’intérêt général a été signé par le Premier ministre et publié au Journal officiel. Ce décret, prévu par la loi d’accélération du nucléaire de juin 2023, permet de lancer les procédures d’urbanisme et les études environnementales détaillées sans attendre l’autorisation de création de l’installation nucléaire de base (INB), qui interviendra plus tard.
Concrètement, EDF peut désormais engager les travaux préparatoires : terrassement, aménagement des voies d’accès, renforcement du réseau électrique local. Le même processus est déjà en cours à Penly, où les travaux préparatoires ont démarré début 2026, et à Gravelines, où la concertation s’est achevée fin 2025.
Le défi du refroidissement par le Rhône
Le Bugey est le seul des trois sites EPR2 à utiliser un refroidissement en circuit ouvert par un cours d’eau — en l’occurrence le Rhône. Les quatre réacteurs existants (Bugey 2, 3, 4 et 5) rejettent de l’eau réchauffée dans le fleuve, ce qui est encadré par des arrêtés préfectoraux fixant des seuils de température maximale en aval.
Avec le réchauffement climatique, les épisodes de canicule entraînent régulièrement des baisses de production estivales : EDF doit réduire la puissance de ses réacteurs lorsque la température du Rhône dépasse certains seuils réglementaires. L’ajout de deux EPR2 supplémentaires pose donc la question de la capacité du fleuve à absorber la charge thermique additionnelle.
EDF a indiqué que les nouveaux réacteurs seront équipés de tours aéroréfrigérantes, contrairement aux réacteurs existants. Ce choix technique réduit considérablement les rejets thermiques dans le Rhône — de l’ordre de 90 % — mais implique un coût de construction supérieur et une consommation d’eau par évaporation d’environ 2 m³ par seconde et par réacteur.
Un site historique en transformation
Le Bugey est l’un des plus anciens sites nucléaires français. Bugey 1, un réacteur de première génération (UNGG), a été arrêté en 1994 et est en cours de démantèlement. Les réacteurs 2 et 3 (900 MW chacun, mis en service en 1978-1979) font l’objet du programme de prolongation au-delà de 50 ans, tandis que Bugey 4 et 5 ont été mis en service en 1979 et 1980.
L’arrivée des EPR2 transformera le site en un campus nucléaire multigénérationnel, combinant des réacteurs de deuxième génération prolongés et des réacteurs de troisième génération neufs. Cette cohabitation facilitera le transfert de compétences entre les équipes d’exploitation, un enjeu clé pour la filière qui doit transmettre quarante ans de retour d’expérience.
Le calendrier du troisième site
Le calendrier du Bugey est décalé d’environ trois ans par rapport à Penly. EDF prévoit le lancement des travaux de génie civil vers 2030-2031, pour une mise en service du premier réacteur Bugey EPR2 vers 2039-2040. D’ici là, les études géotechniques, l’enquête publique et la demande d’autorisation de création devront être menées à bien.
Le programme EPR2 dans son ensemble représente un investissement de 72,8 milliards d’euros sur vingt ans. Le Bugey, dernier site du triptyque, bénéficiera du retour d’expérience de Penly et de Gravelines en matière de construction, de gestion de chantier et de mise en service — un avantage qui devrait se traduire par des délais et des coûts mieux maîtrisés.
Ce qu’il faut retenir
- Le Bugey (Ain) est officiellement le troisième site retenu pour une paire d’EPR2, après un débat public favorable.
- Le décret d’intérêt général permet de lancer les travaux préparatoires et les études environnementales.
- Les nouveaux réacteurs seront dotés de tours aéroréfrigérantes pour limiter l’impact thermique sur le Rhône.
- Mise en service prévue vers 2039-2040, avec un investissement global du programme EPR2 de 72,8 milliards d’euros.


