Nucléaire

Démantèlement nucléaire : un marché de 45 milliards d’euros en France

Le demantelement du parc nucleaire francais represente un marche estime a 45 milliards d’euros. Neuf reacteurs de premiere generation sont deja en cours de deconstruction. A mesure que les reacteurs du parc actuel atteindront leur fin de vie — meme avec la prolongation au-dela de 50 ans —, ce marche va s’amplifier. EDF, Orano et des dizaines d’entreprises specialisees se positionnent sur ce secteur en plein essor.

Un marche de 45 milliards d’euros sur plusieurs decennies

Le chiffre de 45 milliards d’euros est une estimation de la Cour des comptes, qui couvre le demantelement des 58 reacteurs historiques du parc francais (56 en exploitation + 2 deja arretes), les 9 reacteurs de premiere generation en cours de deconstruction, et les installations du cycle du combustible (La Hague, Marcoule, Pierrelatte). Ce montant est provisionne dans les comptes d’EDF, d’Orano et du CEA, mais il est regulierement revise a la hausse.

Le calendrier s’etale sur un siecle. Les premiers demantelements (Chinon A, Saint-Laurent A, Bugey 1, Brennilis) ont commence dans les annees 2000 et ne seront acheves que dans les annees 2030-2040. Les reacteurs du parc actuel, meme avec la prolongation au-dela de 50 ans, commenceront a etre demontes a partir des annees 2040-2050.

Les etapes du demantelement

Le demantelement d’un reacteur nucleaire se deroule en trois phases principales. D’abord, la mise a l’arret definitif et le dechargement du combustible (2 a 5 ans). Le combustible use est transfere vers l’usine de La Hague pour retraitement ou vers des installations d’entreposage.

Ensuite, le demantelement proprement dit (15 a 25 ans). Les equipements sont decontamines puis demontes, du moins radioactif vers le plus radioactif. Le batiment reacteur est vide de ses composants internes. La cuve est decoupee a distance, sous eau, avec des outils telecommandes. Plus de 85 % des materiaux sont des dechets conventionnels (beton, acier) recyclables apres verification d’absence de contamination.

Enfin, l’assainissement du site (5 a 10 ans). Les sols sont analyses, les batiments restants sont demollis, et le site est rendu a un etat compatible avec un nouvel usage — qui peut etre la construction de nouveaux reacteurs, comme prevu sur certains sites du programme EPR2.

Les acteurs du demantelement en France

EDF est le maitre d’ouvrage pour le demantelement de ses propres reacteurs. Le groupe a cree une direction dediee, la Direction de la Deconstruction et des Dechets (D3D), qui pilote les chantiers. Le CEA gere le demantelement de ses propres installations de recherche. Orano est responsable de ses usines du cycle du combustible.

Sur le terrain, des dizaines d’entreprises specialisees interviennent. Les grands groupes du BTP (Vinci/Nuvia, Bouygues, Eiffage) sont presents via leurs filiales nucleaires. Des entreprises technologiques comme Onet Technologies, Cyclife (filiale d’EDF), Veolia Nuclear Solutions et Westinghouse apportent des solutions de decontamination, de decoupe robotisee et de gestion des dechets.

Le GIFEN estime que le demantelement represente environ 15 000 emplois directs et indirects en France, un chiffre appele a croitre avec la montee en puissance des chantiers.

Le retour d’experience des premiers chantiers

Les chantiers de premiere generation (reacteurs UNGG et eau lourde) ont fourni un retour d’experience precieux, mais aussi revele la complexite de l’exercice. Le demantelement de Brennilis (Finistere), un reacteur a eau lourde de 70 MWe, est en cours depuis plus de vingt ans et ne sera acheve qu’en 2035 environ. Le cout a ete multiplie par trois par rapport aux estimations initiales.

Les reacteurs UNGG (Chinon A1, A2, A3, Saint-Laurent A1, A2, Bugey 1) posent des defis specifiques lies a la presence de graphite, dont le traitement reste un sujet de recherche. Les reacteurs a eau pressurisee du parc actuel, de conception plus standardisee, devraient etre plus simples a demanteler — mais cette affirmation reste a confirmer par l’experience.

Le demantelement, un atout a l’export

Le demantelement est un marche mondial en croissance. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne (qui a ferme ses derniers reacteurs en 2023), le Japon (post-Fukushima) et la Russie ont des programmes de demantelement massifs. La France, en developpant ses competences sur son propre parc, se positionne pour exporter cette expertise.

Le controle de l’ASNR garantit que les chantiers francais respectent les standards les plus eleves en matiere de surete et de protection de l’environnement. Cette exigence, parfois percue comme un frein, est en realite un argument commercial a l’international : les pays qui demantelent leur parc cherchent des partenaires fiables et experimentes.

Ce qu’il faut retenir

  • Le demantelement du parc nucleaire francais represente un marche de 45 milliards d’euros s’etalant sur un siecle.
  • Neuf reacteurs de premiere generation sont deja en cours de deconstruction, avec des achevement prevus dans les annees 2030-2040.
  • Plus de 85 % des materiaux issus du demantelement sont des dechets conventionnels recyclables.
  • Le secteur emploie environ 15 000 personnes en France, un chiffre en croissance.
  • L’expertise francaise en demantelement est un atout exportable sur un marche mondial en expansion.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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