Stockage

STEP sur la Dordogne : EDF réveille Redenat, le géant du stockage enterré en 1982

Un chantier arrêté en 1982 pourrait bien redevenir l’un des plus gros projets de stockage d’électricité de France. Selon les informations publiées le 7 juillet par Révolution Énergétique, EDF regarde à nouveau vers les vallées encaissées de la Dordogne pour y construire de nouvelles stations de transfert d’énergie par pompage (STEP). Avec deux sites dans le viseur.

Redenat : 1 200 MW et 20 GWh, quarante-quatre ans d’attente

Le projet Redenat n’est pas une idée neuve. C’est un revenant. Lancé à la fin des années 1970, son chantier a été stoppé net en 1982, en plein travaux, victime d’un contexte économique défavorable et d’un parc nucléaire alors en pleine expansion qui rendait le stockage moins urgent.

Le principe reste le même aujourd’hui : créer un réservoir supérieur au-dessus de la retenue du barrage du Chastang (290 MW), sur la Dordogne, et faire circuler l’eau entre les deux bassins. On pompe quand l’électricité est abondante et bon marché, on turbine quand le réseau en a besoin. La fiche technique donne le vertige : 1 200 MW de puissance pour 20 GWh de capacité de stockage. À titre de comparaison, la plus grande installation de batteries de France, mise en service en juin à Cernay-lès-Reims, affiche 240 MW pour 480 MWh. Redenat stockerait quarante fois plus d’énergie.

Stockage d'énergie à grande échelle : les STEP restent la technologie dominante
Les STEP représentent encore l’essentiel des capacités de stockage d’électricité installées en France.

Au barrage de l’Aigle, un projet dont EDF ne parle pas

Plus en amont sur la Dordogne, un second dossier avance dans la discrétion. EDF étudierait une STEP utilisant le barrage de l’Aigle comme retenue inférieure, avec un réservoir supérieur qui serait créé dans la vallée de l’Héritier. Le projet impliquerait la construction d’un barrage de plusieurs dizaines de mètres de haut.

Officiellement, rien. EDF ne confirme ni n’infirme. Mais une association locale rapporte des traces de sondages et de relevés sur le terrain. Ce silence prudent en dit long : l’électricien sait que la création d’une retenue artificielle dans une vallée préservée déclenchera des débats, voire des oppositions frontales, sur l’impact pour la biodiversité locale.

Pourquoi la Dordogne ?

La géographie a déjà voté. De sa source sur les flancs du puy de Sancy jusqu’à l’estuaire de la Gironde, la rivière traverse une succession de vallées encaissées, idéales pour l’hydroélectricité. EDF y exploite pas moins de 28 centrales, dont le barrage de Bort-les-Orgues (235 MW) et celui du Chastang (290 MW). Construire une STEP sur un site déjà équipé coûte moins cher et va plus vite : la retenue inférieure existe, les lignes d’évacuation aussi.

Le contexte politique s’y prête enfin. L’accord trouvé entre la France et la Commission européenne sur les concessions hydroélectriques a déverrouillé des projets gelés depuis des années. Et Bernard Fontana, le PDG d’EDF, a fait de l’hydraulique une priorité au même rang que le nucléaire.

Le stockage, nouveau nerf de la guerre électrique

Ce regain d’intérêt pour les STEP n’a rien d’un caprice patrimonial. Le système électrique français a besoin de flexibilité, et vite. Les batteries stationnaires décollent (environ 1,5 GW installés début 2026, plus de 7 GW de projets en développement selon RTE), mais elles couvrent surtout des besoins courts, de deux à quatre heures. Pour déplacer de l’énergie sur une journée entière ou lisser une semaine sans vent, rien ne rivalise avec l’eau. Les STEP françaises existantes, environ 5 GW avec Grand’Maison en tête (1 800 MW), datent pour l’essentiel des années 1980. Aucune capacité majeure n’a été ajoutée depuis.

Or la demande, elle, s’apprête à bondir. RTE recense plus de 200 projets industriels en attente de raccordement, soit près de 33 GW, data centers et électrolyseurs en tête. Nous détaillions la structuration de la filière stockage française la semaine dernière : entre le pipeline de batteries, les appels d’offres flexibilité et maintenant le retour des grandes STEP, la France assemble enfin les pièces du puzzle. Le parc nucléaire, dont la production module déjà au fil des saisons et des canicules, ne peut pas porter seul cette souplesse.

Reste l’inconnue du calendrier. Une STEP, c’est dix à quinze ans entre les premières études et la mise en service, sans compter les recours. Si Redenat et l’Héritier passent l’épreuve de la concertation, ils n’injecteront pas un électron avant 2040. La question n’est donc pas de savoir si ces projets arriveront à temps pour la transition, mais si la France peut encore se permettre de les laisser dans un tiroir quarante ans de plus.

Pilotable.fr

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