Flexibilité

Canicule : pourquoi le prix de l’électricité a frôlé 280 euros/MWh

Mardi 23 juin, peu avant 21 heures, le mégawattheure d’électricité a frôlé 280 euros sur le marché français. Du jamais vu depuis août 2023. En cause, un trio devenu familier : une canicule qui fait tourner les climatiseurs, un parc nucléaire bridé par la chaleur des fleuves, et des éoliennes presque à l’arrêt.

Un pic à 280 euros/MWh, et l’Allemagne à 615

Le chiffre claque. 280 euros/MWh pour livraison immédiate, contre environ 85 euros fin mai. En quelques semaines, le prix de gros a plus que triplé. Sur 24 heures ce mardi, l’écart intrajournalier a dépassé 180 euros/MWh : 76 euros à 13 heures, près de 257 euros à 20 heures. La règle est limpide. Quand l’offre peine à suivre, le marché paie ce qu’il faut pour appeler la moindre centrale disponible.

La France n’est pas seule. L’Allemagne a vu son mégawattheure grimper à 615 euros, un record depuis juin 2024. À l’échelle européenne, l’Hexagone se classe tout de même troisième sur onze pays avec 136 euros/MWh en moyenne sur la journée, derrière la Belgique (185 euros) mais loin devant l’Espagne et le Portugal (112 euros).

Lignes à haute tension sous un ciel chargé
Les prix de gros réagissent en quelques heures au moindre déséquilibre offre-demande.

Le nucléaire rattrapé par la température des fleuves

Au cœur de la tension, le nucléaire. EDF a arrêté Golfech 2 (1,3 GW) jusqu’au 30 juin, faute de pouvoir refroidir sans réchauffer la Garonne au-delà des 28 degrés autorisés par un arrêté de 2006. Golfech 1 étant déjà en maintenance, la centrale est totalement hors jeu. Le réacteur Civaux 2 s’est lui aussi arrêté ce week-end. D’autres sites de bord de fleuve, le Blayais, Saint-Alban, le Bugey, restent sous surveillance.

Résultat sur le mix : le nucléaire est passé de 72 % à 62 % de la production en une semaine, pendant que le gaz bondissait de 1 % à 6 %. Or chaque mégawatt de gaz appelé coûte cher et tire les prix vers le haut. La production atomique bridée par la chaleur, ce n’est pas neuf : nous l’évoquions déjà à propos de Bugey et Saint-Alban la semaine dernière.

Une vulnérabilité qui n’a rien de marginal

Jusqu’à présent, les arrêts pour raisons environnementales pèsent peu : 0,3 % de la production nucléaire annuelle. Mais EDF anticipe une dégradation. Sans adaptation des installations, l’électricien chiffre la perte moyenne à 1,4 % en 2035 et 1,5 % en 2050. Autrement dit, ce qui ressemble aujourd’hui à un incident d’été pourrait devenir une contrainte récurrente, au moment précis où la France mise sur l’atome pour décarboner son économie et enchaîne les grandes révisions de son parc.

Quand l’éolien manque à l’appel

La canicule a un effet pervers. L’anticyclone qui installe la chaleur coupe aussi le vent. Les parcs éoliens produisent alors bien moins qu’à l’ordinaire, en France comme en Allemagne, où l’éolien représente une part majeure de l’offre. Côté demande, RTE estime que chaque degré supplémentaire ajoute 0,7 à 1 GW de consommation. Dimanche, la climatisation a fait grimper la pointe de 10 GW, lundi de 12 GW, l’équivalent de douze réacteurs moyens.

Et le gaz, justement, n’est pas une roue de secours sans limite. Les stocks européens ne sont remplis qu’à 46,4 %, avec 14 % de retard sur la moyenne des cinq dernières années à l’approche de l’hiver. Plus on brûle de gaz pour passer l’été, plus le marché s’inquiète pour la saison froide.

Faut-il s’inquiéter ?

RTE, lui, garde son calme. Dans un communiqué du 22 juin, le gestionnaire assure qu’il n’existe pas d’inquiétude en matière de disponibilité de l’offre pour l’été. La pointe de 57 GW attendue lundi restait sous le record estival de 60 GW de juillet 2025. Le réseau français, dimensionné pour les hivers rigoureux, encaisse mieux la chaleur que le froid.

Reste la facture. Pour la majorité des ménages au tarif réglementé ou à prix fixe, l’envolée du spot ne se voit pas tout de suite. Les clients en offre dynamique, eux, la ressentent à l’heure près : ce mardi, le même cycle lave-linge plus sèche-linge revenait à 0,43 euro en creux de journée contre 1,26 euro au pic du soir. De quoi rappeler que la flexibilité de la consommation devient un levier concret, pas seulement un concept de marché.

Salle de supervision du réseau électrique
Déplacer ses usages vers le creux de midi peut diviser la facture par trois en offre dynamique.

On peut s’attendre à des prix aussi élevés pendant plusieurs jours cette semaine, prévient Yiannis Papamikrouleas, responsable du trading chez DEPA Commercial. La vraie question n’est pas celle de mardi soir. C’est de savoir combien de fois par été la France revivra ce scénario, quand le thermomètre, lui, ne compte pas redescendre.

Pilotable.fr

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