La filière nucléaire française devra recruter 100 000 personnes d’ici 2035. C’est le chiffre phare du rapport MATCH du GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire), qui alerte sur un défi de compétences sans précédent : mener simultanément le Grand Carénage du parc existant, la construction des EPR2 et le développement des SMR.
Le rapport MATCH : radiographie d’une filière en surchauffe
Le programme MATCH (Montée en charge de l’Appareil de production et des Trajectoires de Compétences et d’Hommes), publié par le GIFEN, a analysé les besoins de 125 000 des 220 000 emplois de la filière. Résultat : le volume de travail va croître de 25 % d’ici 2033, selon le rapport 2025 de la SFEN.
Sur ce périmètre, les effectifs doivent passer de 125 000 à 155 000 équivalents temps plein en 2033, soit 60 000 recrutements. Extrapolé à l’ensemble de la filière (220 000 emplois), le besoin atteint les fameux 100 000 recrutements sur dix ans, selon Vie publique.
Deux pics d’activité à anticiper
Le rapport MATCH identifie deux pics de recrutement :
- 2026 : montée en charge du Grand Carénage (prolongation des réacteurs au-delà de 40-50 ans), avec des chantiers sur l’ensemble du parc existant
- 2032 : pleine vitesse du programme EPR2, avec trois paires de réacteurs en construction simultanée sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey
La filière recrute déjà 10 000 personnes par an depuis deux ans, dont la moitié pour renouveler les départs et l’autre moitié pour de nouveaux postes. En dix ans, elle a créé 30 000 emplois nets. Elle devra en créer 50 000 supplémentaires d’ici 2035 pour atteindre 300 000 emplois au total.
Les 20 métiers qui recrutent le plus
Parmi les 97 métiers principaux du nucléaire, le GIFEN a identifié les 20 profils les plus recherchés. En tête : soudeurs nucléaires, coffreurs-bancheurs, tuyauteurs, chaudronniers, techniciens de maintenance, dessinateurs-projeteurs, ingénieurs sûreté, chefs de projet et ingénieurs en conception mécanique. Les deux tiers des recrutements concernent des techniciens (du CAP au BAC+3), selon France Travail.
La Semaine des métiers du nucléaire
Pour répondre à ce défi, France Travail et l’Université des Métiers du Nucléaire ont coorganisé la 4e édition de la Semaine des métiers du nucléaire, du 9 au 13 mars 2026, avec plus de 400 événements sur l’ensemble du territoire. Plus de 10 000 offres d’emploi nucléaires étaient disponibles sur francetravail.fr pendant l’opération. Les partenaires mobilisés : EDF, Orano, Framatome, le CSFN, Nuclear Valley, le CEA, l’ANDRA et l’UIMM.
Formation : le nerf de la guerre
L’Université des Métiers du Nucléaire, créée pour coordonner l’effort de formation, multiplie les partenariats avec les grandes écoles d’ingénieurs, les IUT et les lycées professionnels des bassins d’emploi nucléaires (Seine-Maritime, Nord, Ain, Drôme, Manche). Des reconversions professionnelles accélérées sont proposées aux salariés d’autres secteurs industriels, notamment la métallurgie et le BTP.
Le défi n’est pas uniquement quantitatif. La filière doit aussi rajeunir sa pyramide des âges, féminiser ses effectifs (moins de 20 % de femmes aujourd’hui) et attirer des talents dans un marché de l’emploi tendu, où l’industrie est en concurrence avec le numérique et les énergies renouvelables.
Ce qu’il faut retenir
100 000 recrutements en dix ans : le chiffre donne le vertige, mais il est à la mesure de l’ambition nucléaire française. La capacité de la filière à former, attirer et retenir les compétences sera tout aussi déterminante que le financement des EPR2 pour la réussite de la relance. Un enjeu qui dépasse le seul secteur nucléaire pour devenir un sujet de politique industrielle nationale.
Les métiers les plus recherchés
Parmi les 100 000 postes à pourvoir, certains profils sont particulièrement recherchés. Les soudeurs nucléaires arrivent en tête des besoins : la qualification requise (soudure en environnement nucléaire, certifications spécifiques) rend ces profils rares et très demandés. Viennent ensuite les ingénieurs sûreté, les techniciens de maintenance, les chefs de projet et les spécialistes en radioprotection. Selon France Travail, le secteur nucléaire fait partie des filières où les difficultés de recrutement sont les plus aiguës en 2026.
Le défi de la formation
Pour répondre à ces besoins massifs, la filière mise sur plusieurs leviers. L’INSTN (Institut national des sciences et techniques nucléaires) renforce ses programmes, tandis que les grandes écoles d’ingénieurs multiplient les parcours spécialisés. Le GIFEN travaille également à attirer des profils en reconversion, notamment issus des secteurs pétrole et gaz dont les compétences (tuyauterie, chaudronnerie, contrôle non destructif) sont directement transférables. L’enjeu dépasse le nucléaire seul : comme le montre l’analyse sur l’emploi dans les filières pilotables, ce sont près de 200 000 postes qui devront être créés dans l’ensemble des énergies pilotables d’ici 2035.
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