Nucléaire

Orano investit 1,7 milliard d’euros pour moderniser ses usines du cycle du combustible

Orano a validé un investissement de 1,7 milliard d’euros pour augmenter de plus de 30 % la capacité d’enrichissement d’uranium de son usine Georges-Besse 2, sur le site du Tricastin (Drôme). Un projet qui répond à un double impératif : accompagner la relance nucléaire mondiale et réduire la dépendance européenne au combustible russe.

Georges-Besse 2 : le cœur de l’enrichissement européen

L’usine Georges-Besse 2, exploitée par Orano depuis 2011 sur le site nucléaire du Tricastin, est l’une des quatre grandes usines d’enrichissement d’uranium au monde, avec les installations d’Urenco (Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis) et de Rosatom (Russie). Elle utilise la technologie de centrifugation gazeuse, nettement moins énergivore que l’ancienne diffusion gazeuse qu’elle a remplacée.

L’investissement de 1,7 milliard d’euros, validé par le conseil d’administration, prévoit l’installation de nouvelles cascades de centrifugeuses dans des bâtiments déjà prévus à cet effet lors de la construction du site. Cette extension portera la capacité de production de l’usine de plus de 30 %, permettant de répondre à la demande croissante des électriciens européens, américains et asiatiques.

Réduire la dépendance à la Russie

Le contexte géopolitique a accéléré la décision. Depuis l’invasion de l’Ukraine, les pays occidentaux cherchent à réduire leur dépendance au combustible nucléaire russe. Rosatom contrôle encore environ 35 à 40 % du marché mondial de l’enrichissement, et de nombreux réacteurs européens — en Finlande, en Tchéquie, en Slovaquie, en Bulgarie — utilisent du combustible d’origine russe.

L’extension de Georges-Besse 2 s’inscrit dans une stratégie de souveraineté du cycle du combustible que la France porte au niveau européen. Le sujet est d’autant plus sensible que la souveraineté énergétique est devenue un enjeu politique de premier plan.

Le projet « Aval du Futur » à La Hague

L’investissement au Tricastin n’est que la partie émergée de l’iceberg. Orano prépare un programme encore plus colossal à La Hague (Manche) : le projet « Aval du Futur », qui prévoit le renouvellement complet des usines de traitement et de recyclage des combustibles usés à l’horizon 2038-2040. Ce chantier, dont le coût est estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros, est indispensable pour traiter les combustibles des futurs EPR2.

Orano a créé une entité dédiée, Orano Aval du Futur, opérationnelle depuis le 1er janvier 2026, avec 250 salariés appelés à monter à 2 000 d’ici trois ans. L’entreprise prévoit de consacrer 1,7 milliard d’euros d’investissements annuels dans les années à venir, hors projet Aval du Futur.

La production de MOX pour les EPR2

Parallèlement, Orano prépare l’adaptation de son usine Melox (Marcoule, Gard) pour produire du combustible MOX compatible avec les réacteurs EPR2. Le MOX, fabriqué à partir de plutonium recyclé, permet de valoriser les matières issues du retraitement et de réduire le volume de déchets ultimes — un avantage clé du cycle fermé du combustible, spécificité française.

Un regard vers les États-Unis

Orano explore également la construction d’une usine d’enrichissement aux États-Unis, un projet évalué à environ 5 milliards de dollars, soutenu par une aide fédérale de 900 millions de dollars. L’annonce officielle pourrait intervenir en 2027. Ce projet renforcerait la position d’Orano comme leader mondial du cycle du combustible, face à Rosatom et Urenco.

Ce qu’il faut retenir

L’investissement de 1,7 milliard d’euros au Tricastin illustre la montée en puissance d’Orano dans un contexte de relance nucléaire mondiale. Entre l’extension de l’enrichissement, le renouvellement des usines de La Hague et les projets américains, le groupe français engage des dizaines de milliards d’euros sur les prochaines décennies. Un pari industriel à la mesure de l’enjeu : garantir l’autonomie du cycle du combustible pour les 50 prochaines années.

Contexte géopolitique : réduire la dépendance à la Russie

L’investissement d’Orano s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la dépendance de l’Europe à Rosatom pour l’enrichissement de l’uranium est devenue un sujet stratégique majeur. La Russie contrôle encore environ 35 % des capacités mondiales d’enrichissement, et plusieurs pays européens restent liés par des contrats à long terme avec l’opérateur russe. La diversification des sources d’approvisionnement est désormais une priorité affirmée par la Commission européenne et par la France dans le cadre de la géopolitique de l’uranium.

Orano, pilier de la souveraineté française

Avec Urenco (consortium anglo-néerlando-allemand), Orano est l’un des deux seuls enrichisseurs occidentaux capables de fournir de l’uranium enrichi à grande échelle. Son usine Georges-Besse II, située sur le site du Tricastin, utilise la technologie de centrifugation et représente environ 15 % des capacités mondiales. Le plan d’investissement de 1,7 Md€ vise à augmenter ces capacités de 30 % d’ici 2028, positionnant la France comme un fournisseur incontournable pour les programmes nucléaires européens. Cette montée en puissance est indissociable de la réflexion plus large sur la souveraineté énergétique de la France, qui ambitionne de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur du combustible nucléaire, de l’extraction à la conversion, en passant par l’enrichissement et le recyclage.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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