Nucléaire

Prolongation du parc nucléaire : l’ASN valide le principe d’exploitation au-delà de 50 ans

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a validé le cadre générique de la poursuite d’exploitation des 20 réacteurs de 1 300 MW d’EDF au-delà de leur durée de conception initiale de 40 ans. Une décision historique qui ouvre la voie à une prolongation du parc nucléaire français jusqu’à 50 ans — et potentiellement au-delà.

Une décision attendue depuis des années

La décision de l’ASNR, rendue le 1er juillet 2025, clôt la phase générique du quatrième réexamen périodique des réacteurs de 1 300 MW, mis en service entre 1985 et 1993 sur les sites de Paluel, Saint-Alban, Flamanville (tranches 1 et 2), Belleville, Cattenom, Golfech, Nogent, Penly (tranches 1 et 2) et Civaux. Ces 20 unités représentent à elles seules 26 GW de puissance installée, soit près de 40 % de la capacité nucléaire française.

La décision ne constitue pas une autorisation automatique : chaque réacteur devra démontrer individuellement, lors de sa propre visite décennale, qu’il satisfait aux critères de sûreté renforcés. Les réexamens individuels sont planifiés jusqu’en 2040.

Le Grand Carénage : 50 milliards d’euros d’investissements

La prolongation du parc s’appuie sur le programme du Grand Carénage d’EDF, un chantier industriel estimé à environ 50 milliards d’euros. Il comprend le remplacement des générateurs de vapeur, le renforcement des radiers et des enceintes de confinement, l’installation de dispositifs post-Fukushima (noyaux durs, diesels d’ultime secours) et la modernisation des systèmes de contrôle-commande.

EDF a indiqué que ces travaux permettront de porter la sûreté des réacteurs existants à un niveau « proche de celui des réacteurs de troisième génération de type EPR ». Un argument de poids pour justifier la prolongation, alors que le programme EPR2 ne livrera ses premiers mégawatts qu’à l’horizon 2038.

Vers une exploitation au-delà de 60 ans ?

La question ne se limite plus à 50 ans. Selon la SFEN, l’ASNR a engagé des travaux exploratoires sur la faisabilité d’une exploitation au-delà de 50 et 60 ans. Le président de l’Autorité, Pierre-Marie Abadie, a précisé qu’un avis sur le vieillissement des installations sera publié en novembre 2026. Cet avis identifiera les éventuels « points bloquants » — sans pour autant constituer un feu vert automatique.

Parmi les sujets techniques sensibles : la tenue des cuves (composant non remplaçable), la résistance des enceintes de confinement au vieillissement, les enjeux sismiques (notamment à Cruas) et l’adaptation au changement climatique — épisodes caniculaires, disponibilité en eau de refroidissement pour les centrales fluviales.

Le précédent américain, avec des réserves

Aux États-Unis, la NRC (Nuclear Regulatory Commission) a déjà autorisé plusieurs réacteurs à fonctionner jusqu’à 60, voire 80 ans. Mais l’ASNR a rappelé que l’expérience américaine n’est « pas directement transposable » au parc français, en raison de différences de conception, de réglementation et d’environnement énergétique. Le parc français est plus standardisé mais aussi plus sollicité en suivi de charge, ce qui peut accélérer certains phénomènes de vieillissement.

Un enjeu stratégique pour la sécurité d’approvisionnement

La prolongation du parc existant est un pilier de la PPE3, qui prévoit le maintien d’une part nucléaire de 65 à 70 % dans le mix électrique. Sans prolongation, les fermetures de réacteurs en fin de vie créeraient un déficit de production que ni les renouvelables ni les EPR2 ne pourraient combler à temps, comme le soulignent les scénarios Futurs Énergétiques 2050 de RTE.

Le GIFEN estime que la filière devra mener de front le Grand Carénage et la construction des EPR2, mobilisant des compétences identiques — un défi logistique et humain sans précédent.

Ce qu’il faut retenir

La validation par l’ASNR du cadre de prolongation des réacteurs de 1 300 MW constitue une étape majeure pour l’avenir du nucléaire français. En ouvrant la possibilité d’une exploitation au-delà de 50 ans, elle garantit la continuité de la production bas-carbone pendant la transition vers les EPR2. Rendez-vous en novembre 2026 pour l’avis sur les 60 ans — une échéance qui pourrait redessiner l’horizon du parc pour des décennies.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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