La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), adoptée en février 2026, fixe le cap de la politique énergétique française pour la période 2026-2035. Nucléaire, renouvelables, stockage, efficacité énergétique : le texte de 400 pages redessine l’architecture du système énergétique national avec une ambition claire — atteindre la neutralité carbone en 2050. Voici ce qu’il contient, pilier par pilier.
Pilier 1 : le nucléaire, colonne vertébrale confirmée du mix
La PPE3 entérine un virage pro-nucléaire sans ambiguïté. Le texte abandonne définitivement l’objectif de réduction à 50 % du mix électrique, hérité de la loi de 2015, et fait du nucléaire la « colonne vertébrale » de la production d’électricité décarbonée française.
Concrètement, la PPE3 prévoit trois axes nucléaires majeurs. Premier axe : la prolongation de la durée de vie des 56 réacteurs existants au-delà de 50 ans, sous réserve des autorisations de l’ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection). EDF devra investir environ 70 milliards d’euros dans le programme de Grand Carénage élargi pour maintenir et moderniser le parc actuel.
Deuxième axe : la construction de 6 réacteurs EPR2 sur trois sites — Penly, Gravelines et Bugey — pour un coût estimé à 72,8 milliards d’euros. Les travaux préparatoires ont démarré à Penly début 2026, avec une mise en service du premier réacteur prévue à l’horizon 2035-2036. La décision finale d’investissement (DFI) est attendue fin 2026.
Troisième axe : le soutien aux SMR (petits réacteurs modulaires) via le programme France 2030. La PPE3 prévoit l’intégration de 2 à 4 GW de capacité SMR d’ici 2040, avec un premier démonstrateur opérationnel avant 2035.
Pilier 2 : accélération ciblée des renouvelables
Contrairement aux craintes de certains acteurs de la filière, la PPE3 ne sacrifie pas les renouvelables au profit du nucléaire. Le texte fixe des objectifs ambitieux de déploiement : 55 GW de solaire photovoltaïque (contre 21 GW installés fin 2025), 40 GW d’éolien terrestre (contre 22 GW) et 4,5 GW d’éolien en mer raccordés d’ici 2030.
La nouveauté majeure réside dans l’articulation explicite entre renouvelables et flexibilité. La PPE3 introduit le principe de « responsabilité système » pour les producteurs d’énergie intermittente : chaque nouveau parc solaire ou éolien de plus de 10 MW devra intégrer une capacité de stockage représentant au moins 20 % de sa puissance nominale. Une mesure qui vise à réduire les coûts d’intégration réseau et à faire porter une partie de la charge de la flexibilité par les producteurs eux-mêmes.
L’agrivoltaïsme fait l’objet d’un cadre dédié, avec un objectif de 5 GW d’ici 2030 et des critères stricts de compatibilité avec l’activité agricole, conformément au décret d’application de la loi APER.
Pilier 3 : flexibilité et stockage, les grands gagnants
C’est sans doute le volet le plus novateur de la PPE3. Pour la première fois, la pilotabilité du système est érigée en objectif structurant. Les cibles chiffrées sont ambitieuses :
En matière de stockage par batteries (BESS), la PPE3 fixe un objectif de 6 GW raccordés d’ici 2030. Les capacités actuelles atteignent à peine 530 MW, soit un facteur ×11 en moins de six ans. Pour soutenir cette montée en charge, un tarif d’achat garanti pour le stockage couplé aux renouvelables sera mis en place, et le cadre réglementaire du stockage (statut, fiscalité, raccordement) sera clarifié avant fin 2026.
Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), qui représentent déjà 5 GW de capacité installée en France, bénéficieront d’un programme de modernisation et d’extension. La PPE3 prévoit la construction d’une à deux nouvelles STEP d’ici 2035, pour un investissement de 2 à 3 milliards d’euros.
L’effacement électrique est ciblé à 6,5 GW de capacités mobilisables d’ici 2030, avec un élargissement aux secteurs tertiaire et résidentiel. Le mécanisme de capacité sera renforcé pour mieux rémunérer les ressources de flexibilité.
Pilier 4 : efficacité énergétique et décarbonation des usages
La PPE3 fixe un objectif de réduction de la consommation finale d’énergie de 30 % d’ici 2030 par rapport à 2012. Pour y parvenir, le texte prévoit l’accélération de la rénovation énergétique des bâtiments (700 000 logements par an), l’électrification des transports (5 millions de véhicules électriques en 2030), et la décarbonation de l’industrie via l’hydrogène bas carbone et l’électrification des procédés.
Le budget alloué à MaPrimeRénov’ est porté à 5 milliards d’euros par an, contre 3,5 milliards en 2025. Le dispositif sera recentré sur les rénovations globales performantes (gain d’au moins deux classes DPE), au détriment des gestes isolés jugés moins efficaces.
Budget et financement : des choix structurants
Le volet financier de la PPE3 est à la hauteur des ambitions affichées. Le texte prévoit un effort d’investissement public et privé de plus de 250 milliards d’euros sur la période 2026-2035, réparti comme suit :
Le nucléaire concentre la plus grande part avec environ 140 milliards d’euros (Grand Carénage + EPR2 + SMR + combustible). Les renouvelables mobilisent 60 milliards d’euros (charges de service public + investissements privés). Le réseau absorbe 35 milliards d’euros (RTE + Enedis). L’efficacité énergétique capte 25 milliards d’euros (aides publiques + certificats d’économie d’énergie).
Pour financer cet effort, la PPE3 prévoit la mobilisation du Livret A (prêt bonifié à 60 % pour les projets nucléaires, conformément aux décisions du 5e CPN de mars 2026), l’émission d’obligations vertes souveraines (OAT Vertes) fléchées vers les investissements énergétiques, et le recours aux fonds européens (PIIEC, Fonds pour l’innovation).
Comparaison avec la PPE2 : ce qui change
La rupture avec la PPE2 (2019-2028) est profonde. Là où la PPE2 prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035, la PPE3 n’en ferme aucun et en construit 6 nouveaux. Là où la PPE2 ne mentionnait le stockage qu’en annexe, la PPE3 lui consacre un chapitre entier avec des objectifs chiffrés. Là où la PPE2 traitait les renouvelables et le nucléaire en silos, la PPE3 adopte une approche système intégrée, articulant production, flexibilité et réseau.
Le changement le plus significatif est peut-être philosophique : la PPE3 ne raisonne plus en termes de « parts de marché » entre filières, mais en termes de services rendus au système. La capacité à produire à la demande, à stocker, à effacer, à moduler — en un mot, la pilotabilité — devient le critère central de valorisation des actifs énergétiques.
Pour un décryptage complet des enjeux de pilotabilité, consultez notre guide dédié à la PPE3, ainsi que l’analyse des scénarios Futurs Énergétiques de RTE qui sous-tendent cette programmation.
Ce qu’il faut retenir
La PPE3 redessine la politique énergétique française autour de quatre piliers : nucléaire renforcé (prolongation + 6 EPR2 + SMR), renouvelables accélérés avec obligation de stockage, flexibilité et stockage érigés en priorité (6 GW batteries, 6,5 GW effacement), et efficacité énergétique ambitieuse (700 000 rénovations/an). Le budget total dépasse 250 milliards d’euros sur 2026-2035. Par rapport à la PPE2, le changement de paradigme est total : la pilotabilité remplace la simple décarbonation comme critère structurant. Consultez également l’analyse de l’ADEME pour les enjeux d’efficacité énergétique.
Lire aussi : ADEME : le role de l agence dans le financement des energies pilotables


