Hydrogène

PIIEC hydrogène : 15 projets français retenus par Bruxelles

La Commission les corridors européensne a validé le financement de quinze projets français dans le cadre des deux PIIEC (projets importants d’intérêt européen commun) dédiés à l’hydrogène : Hy2Use et Hy2Infra. Ces projets, portés par des industriels comme Air Liquide, Engie, ArcelorMittal ou EDF, bénéficient de plus de 5 milliards d’euros d’aides publiques. Un levier décisif pour la structuration de la filière hydrogène française.

Hy2Use et Hy2Infra : deux vagues complémentaires

Le mécanisme des PIIEC permet aux États membres de l’Union européenne d’accorder des aides publiques à des projets industriels d’envergure, en dérogation aux règles habituelles de concurrence. Pour l’hydrogène, deux vagues ont été lancées successivement.

Hy2Use, approuvé en septembre 2022, couvre les usages industriels de l’hydrogène : décarbonation de l’acier, de la chimie, du raffinage. Il regroupe 35 projets dans 13 pays, pour un investissement public de 5,2 milliards d’euros et des investissements privés de 7 milliards. La France y participe avec plusieurs projets majeurs, dont la décarbonation du site ArcelorMittal de Dunkerque par réduction directe à l’hydrogène.

Hy2Infra, approuvé en février 2024, se concentre sur les infrastructures : production d’hydrogène par électrolyse à grande échelle, transport par pipelines, stockage en cavités salines. Ce second PIIEC mobilise 6,9 milliards d’euros d’aides pour 33 projets dans 7 pays. La France y est fortement représentée, notamment avec les projets d’Engie et d’Air Liquide.

Les 15 projets français retenus

Comme le détaille France Hydrogène, les quinze projets français couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur. Côté production, Air Liquide prévoit l’installation d’un électrolyseur de 200 MW en Normandie, alimenté par l’électricité nucléaire et éolienne offshore. Engie développe un projet similaire dans les Hauts-de-France, couplé à un réseau de distribution local.

Côté usages industriels, ArcelorMittal teste la réduction directe du minerai de fer par l’hydrogène sur son site de Dunkerque, avec l’objectif de remplacer le charbon dans la production d’acier. Ce procédé pourrait réduire les émissions de CO₂ de la sidérurgie de 80 à 95 %. Le groupe chimique Arkema et le raffineur TotalEnergies participent également au volet Hy2Use pour décarboner leurs procédés.

Côté infrastructures, GRTgaz développe un réseau de pipelines d’hydrogène de plusieurs centaines de kilomètres reliant les sites de production aux bassins industriels, avec des interconnexions vers l’Allemagne et la Belgique. Storengy (filiale d’Engie) travaille sur le stockage souterrain en cavités salines dans le nord de la France.

Un financement massif mais conditionné

La part française des aides PIIEC dépasse 2 milliards d’euros, financés par le programme France 2030 et la stratégie nationale hydrogène dotée de 9 milliards d’euros. Ces aides sont versées par tranches, conditionnées à l’atteinte de jalons techniques et industriels : décision finale d’investissement, début de construction, mise en service.

Le mécanisme PIIEC impose également des obligations de diffusion des connaissances : les bénéficiaires doivent partager leurs résultats techniques avec d’autres entreprises européennes, y compris des PME non impliquées dans le projet. L’objectif est de créer un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’écosystème hydrogène européen.

Les défis de la mise en œuvre

Malgré l’ampleur des financements, la concrétisation des projets PIIEC reste semée d’obstacles. Le principal est l’écart de coût entre l’hydrogène décarboné et l’hydrogène gris (produit à partir de gaz naturel) : l’hydrogène vert ou rose coûte aujourd’hui entre 5 et 8 €/kg, contre 1,5 à 2 €/kg pour le gris. Sans mécanisme de soutien pérenne (contrats pour différence, quotas d’incorporation), la rentabilité des projets n’est pas assurée.

Le deuxième défi concerne les électrolyseurs. Les capacités de fabrication européennes sont encore insuffisantes pour répondre à la demande. La plupart des grands projets prévoient des électrolyseurs PEM ou alcalins de plusieurs dizaines de mégawatts, des équipements dont la production en série n’est pas encore industrialisée en Europe.

Enfin, les délais réglementaires (permis de construire, études d’impact, raccordement au réseau électrique) rallongent les calendriers. Plusieurs porteurs de projets Hy2Use signalent des retards de 12 à 18 mois par rapport au planning initial soumis à Bruxelles.

Un catalyseur pour la filière française

Malgré ces difficultés, les PIIEC jouent un rôle de catalyseur irremplaçable. Ils permettent de franchir la « vallée de la mort » entre la R&D et le déploiement commercial, en partageant le risque financier entre l’État et les industriels. Pour la filière hydrogène française, qui réunit 450 membres au sein de France Hydrogène, ces projets structurants sont la clé pour atteindre l’objectif national de 6,5 GW d’électrolyse installée d’ici 2030.

Ce qu’il faut retenir

  • Quinze projets français sont retenus dans les PIIEC Hy2Use (usages industriels) et Hy2Infra (infrastructures).
  • Plus de 2 milliards d’euros d’aides publiques françaises sont mobilisés, financés par France 2030.
  • Les projets couvrent toute la chaîne : électrolyse, décarbonation industrielle, pipelines, stockage souterrain.
  • L’écart de coût avec l’hydrogène gris et les retards réglementaires restent les principaux freins.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

Retour en haut