Le marché européen du stockage d’énergie par batteries connaît une croissance exponentielle. Selon SolarPower Europe, 27,1 GWh de nouvelles capacités devraient être installées en 2025, portant le parc continental à plus de 60 GWh. Un marché qui pourrait dépasser 50 milliards d’euros d’ici 2030, porté par la transition énergétique et la baisse du coût des batteries.
Une croissance explosive depuis 2020
Le stockage stationnaire par batteries (BESS — Battery Energy Storage Systems) est passé d’un marché de niche à un secteur de masse en l’espace de cinq ans. En Europe, les capacités installées ont été multipliées par dix entre 2020 et 2024, passant de moins de 5 GWh à plus de 40 GWh. La dernière étude de SolarPower Europe prévoit une accélération supplémentaire, avec 27,1 GWh de nouvelles installations rien qu’en 2025.
Ce boom est alimenté par trois facteurs convergents : la baisse du coût des cellules lithium-ion (divisé par dix en dix ans, à environ 100 $/kWh en 2024) ; la croissance des renouvelables intermittents qui nécessitent du stockage pour lisser leur production ; et les signaux de prix sur les marchés de l’électricité, avec des spreads intra-journaliers (écart entre prix bas et prix haut) de plus en plus élevés.
Les leaders européens : Royaume-Uni, Allemagne, Italie
Le Royaume-Uni domine le marché européen du stockage, avec plus de 10 GWh de capacités installées fin 2024. Le pays bénéficie d’un cadre réglementaire favorable (marché de capacité, enchères de fréquence) et d’un écosystème d’investisseurs spécialisés (fonds d’infrastructure comme Gresham House, Gore Street Capital). Les projets de 100 MW et plus se multiplient, certains dépassant 500 MWh.
L’Allemagne arrive en deuxième position, tirée par le segment résidentiel (plus d’un million de batteries domestiques installées, souvent couplées au solaire) et par le développement rapide de BESS à l’échelle du réseau. Le pays vise 23 GW de stockage d’ici 2030 dans sa stratégie Speicherstrategie publiée en 2024.
L’Italie connaît la croissance la plus rapide, dopée par les enchères de capacité de Terna (opérateur réseau) qui ont attribué plus de 4 GW de stockage pour une mise en service entre 2024 et 2028. Le pays combine un fort ensoleillement (favorable au solaire + stockage) et un réseau fragile qui nécessite des services de stabilité.
La France accélère mais reste en retard
La France a longtemps été à la traîne du stockage stationnaire. Comme le détaille notre article sur les BESS en France, les capacités raccordées ont certes été multipliées par 11 en quatre ans, mais partaient de très bas. Fin 2024, la France ne comptait que 529 MW de BESS raccordés, loin des milliers de MW du Royaume-Uni ou de l’Allemagne.
Les premiers appels d’offres BESS lancés par la CRE marquent un tournant. Ces enchères, inspirées du modèle britannique, attribuent des contrats de long terme (7 à 15 ans) qui sécurisent les revenus des opérateurs de stockage et attirent les investisseurs. RTE prévoit +6 GW de batteries raccordées d’ici 2030 en France.
Les acteurs du marché
Le marché européen du BESS est dominé par les fabricants de cellules asiatiques — CATL, BYD, Samsung SDI, LG Energy Solution — qui fournissent l’essentiel des batteries. Les gigafactories européennes d’ACC et Verkor commencent à produire, mais se concentrent pour l’instant sur le marché automobile.
Les intégrateurs de systèmes — Fluence (Siemens/AES), Tesla, Wärtsilä, Sungrow — assemblent les cellules en conteneurs de stockage de 20 pieds standardisés, avec onduleurs, systèmes de gestion thermique et logiciels de pilotage. En aval, les développeurs et opérateurs — Neoen, Total Eren, TagEnergy, Harmony Energy — financent, construisent et exploitent les installations.
Les modèles économiques du stockage
Un BESS gagne de l’argent de plusieurs façons simultanées (« revenue stacking ») : arbitrage (acheter l’électricité à bas prix et la revendre à prix élevé), régulation de fréquence (services rendus à RTE pour stabiliser le réseau à 50 Hz), réserve de capacité (disponibilité garantie en cas de pointe), et gestion de congestion (soulager les lignes saturées).
L’étude EMMES 9.0 de l’EASE estime que le stockage par batteries est d’ores et déjà rentable au Royaume-Uni et en Italie, avec des retours sur investissement de 8 à 12 % par an. En France et en Allemagne, la rentabilité progresse mais reste plus incertaine, dépendant de la volatilité des prix de l’électricité et du cadre réglementaire.
Le guide BESS de Pilotable détaille les différents modèles économiques et les critères de rentabilité d’un projet de stockage stationnaire.
Vers les 50 milliards d’euros
En agrégeant les investissements en cellules, en intégration de systèmes, en infrastructure de raccordement et en développement de projets, le marché européen du stockage devrait dépasser 50 milliards d’euros cumulés d’ici 2030. Les projections les plus optimistes évoquent 100 GWh de capacités installées en Europe à cette date, soit l’équivalent de la consommation électrique française pendant deux à trois heures.
Ce marché crée des opportunités pour les industriels français, non seulement dans la fabrication de cellules (ACC, Verkor) mais aussi dans l’intégration de systèmes, les logiciels de pilotage et le développement de projets. La France, avec son mix nucléaire-renouvelables, présente un profil intéressant pour le stockage : les batteries peuvent absorber la production nucléaire excédentaire la nuit et la restituer aux heures de pointe, créant de la valeur sans émissions.
Ce qu’il faut retenir
- 27,1 GWh de nouvelles batteries stationnaires seront installées en Europe en 2025, selon SolarPower Europe.
- Le Royaume-Uni mène le marché européen, suivi de l’Allemagne et de l’Italie. La France rattrape son retard.
- Le marché cumulé devrait dépasser 50 milliards d’euros d’ici 2030, avec 100 GWh de capacités visées.
- La rentabilité repose sur l’empilement de revenus : arbitrage, fréquence, capacité, gestion de congestion.


