Près de 200 dirigeants, fédérations et opérateurs sont attendus ce mardi 26 mai à l’Élysée. Au menu : passer du PowerPoint à la pose de chantier. Le plan d’électrification de l’économie, annoncé en avril par Sébastien Lecornu, manquait encore d’une mécanique d’exécution. C’est tout l’objet de cette « Équipe de France de l’électricité » que rassemble Emmanuel Macron.

De l’annonce d’avril à l’exécution de mai
Le Premier ministre avait posé le cadre le 10 avril : remplacer durablement gaz et pétrole par de l’électricité bas-carbone, doper l’industrie nationale, mailler le territoire en infrastructures de recharge et de pilotage. Six semaines plus tard, l’opération change d’étage.
Le sommet de mardi rassemble les électriciens (EDF, Engie), les gestionnaires de réseau (RTE, Enedis), les distributeurs (E.Leclerc cité parmi les invités), les industriels de la pompe à chaleur, le BTP, plus la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (FIEEC). Une promesse : annoncer des investissements chiffrés, secteur par secteur. Démonstrations grandeur nature dans la cour : pompes à chaleur, bornes de recharge, équipements de pilotage. La méthode tranche avec les grand-messes habituelles.
La barre des 12 000 électriciens par an
Le chiffre est sorti dimanche, en marge des préparatifs. Michel Gioria, délégué général du Syndicat des entreprises de génie électrique et climatique (Serce, 260 sociétés et 140 000 salariés), table sur trente ans d’effort continu : 12 000 embauches annuelles, dont 3 000 apprentis. La filière travaille déjà avec les lycées professionnels pour calibrer l’offre.
Sans main-d’œuvre formée, le plan ne tient pas. Raccorder une pompe à chaleur, dimensionner un poste de transformation, câbler une borne de recharge, tout cela ne s’improvise pas. Le métier d’électricien redevient stratégique, au sens premier du mot.
Un pari aligné sur la PPE3
La feuille de route officielle est connue. La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, parue par décret le 12 février 2026, vise 60 % d’énergie décarbonée dans la consommation française dès 2030, contre 42 % en 2023. Côté électricité, l’objectif est de 34 % du mix énergétique, soit environ 585 TWh consommés en 2030.
Le levier principal n’est plus la production. Le parc nucléaire historique, les renouvelables et la relance des EPR2 y pourvoient. Le vrai défi est l’usage. Il faut convertir des dizaines de millions de chaudières gaz, de moteurs thermiques industriels, de véhicules essence ou diesel. Et tenir la facture des ménages, alors que la prochaine révision du TURPE est annoncée pour le 1er août 2026.
Le réseau, point de friction numéro un
RTE et Enedis le martèlent depuis des mois : le réseau est sous tension. Le gestionnaire de transport a obtenu en début d’année un plan d’investissement de 4,24 milliards d’euros pour 2026, validé par la CRE. Il faudra raccorder de nouveaux sites industriels, absorber des dizaines de gigawatts d’éolien en mer (10 GW supplémentaires mis en appels d’offres fin 2026), reconstruire des lignes centenaires.

Sans réseau dimensionné, les nouveaux usages électrifiés butent sur des files d’attente de raccordement et sur des prix spot extrêmes. Lundi 25 mai, le marché est passé de 18 €/MWh à 13h à 167 €/MWh à 22h, signal d’un système qui attend désespérément la flexibilité. C’est exactement le terrain de jeu des batteries, des agrégateurs et des nouveaux mécanismes mFRR.
Ce que l’Élysée doit verrouiller
Trois sujets seront scrutés à la sortie. Un : la mécanique financière. Combien le privé met-il sur la table, combien l’État rajoute-t-il en aides ciblées, garanties et taux bonifiés. Deux : la trajectoire des prix. La pompe à chaleur ne percera pas si la facture d’électricité paraît imprévisible aux ménages. La promesse d’un signal-prix lisible reste à formuler.
Trois : les standards. Sans normes claires sur l’interopérabilité des bornes, la gestion intelligente des charges, la qualification des installateurs, l’effort se dilue. Le sommet de mardi pèsera sur le tempo politique des prochains mois, en pleine fenêtre de décision pour EPR2, Hinkley et la révision du mécanisme de capacité.
L’épreuve du gigawattheure
La vraie question, en sortie d’Élysée : combien de gigawattheures supplémentaires consommés d’ici 2030, et avec quelle facture politique ? L’électrification est devenue l’épine dorsale de la stratégie climatique française. Reste à savoir si le pays sait industrialiser une promesse à cette échelle, sur trois décennies, sans céder à la prochaine secousse budgétaire. Les annonces de ce mardi vont donner un premier indice. Le carnet de commandes des installateurs, lui, en dira beaucoup plus dans six mois.


