Hydrogène

Hydrogène vert, gris, bleu, rose : le guide des couleurs

Vert, gris, bleu, rose, turquoise : l’hydrogène se décline en un arc-en-ciel de couleurs qui reflète ses modes de production. Chaque couleur correspond à une source d’énergie, un niveau d’émissions de CO2 et un coût de production différents. Ce guide démêle les nuances pour comprendre les enjeux de la filière.

1. Pourquoi des couleurs ?

L’hydrogène est un gaz incolore. Les « couleurs » sont une convention de communication adoptée par l’industrie pour distinguer les modes de production. Elles ne correspondent à aucune différence physique : une molécule de H2 est identique quelle que soit sa source. Mais leur empreinte carbone, elle, varie du simple au centuple.

La filière hydrogène française et la stratégie nationale utilisent ces codes couleur dans leur communication, tout en privilégiant la notion d’hydrogène décarboné (ou bas-carbone) qui englobe toutes les productions à faibles émissions.

2. L’hydrogène gris : le statu quo fossile

L’hydrogène gris est produit par vaporeformage de gaz naturel (ou SMR, Steam Methane Reforming). Un processus qui consiste à faire réagir du méthane (CH4) avec de la vapeur d’eau à haute température pour obtenir du H2 et du CO2. C’est aujourd’hui le mode de production dominant : 96 % de l’hydrogène mondial est gris.

Son coût de production est le plus bas : 1,5 à 2,5 euros par kilogramme de H2. Mais chaque kilogramme produit émet 9 à 12 kg de CO2. À l’échelle mondiale, la production d’hydrogène gris représente environ 900 millions de tonnes de CO2 par an — soit 2,5 % des émissions mondiales.

3. L’hydrogène bleu : le gris avec capture du CO2

L’hydrogène bleu utilise le même procédé de vaporeformage, mais le CO2 émis est capté et stocké (CCS, Carbon Capture and Storage) dans des formations géologiques profondes. Le taux de capture annoncé varie de 85 à 95 % selon les technologies.

Son coût est supérieur au gris : 2 à 4 euros/kg, en raison de l’investissement dans les équipements de capture. L’hydrogène bleu suscite le débat : ses partisans y voient une solution de transition permettant de décarboner rapidement la production sans attendre le déploiement massif des électrolyseurs. Ses détracteurs pointent les fuites de méthane en amont (extraction et transport du gaz) et la dépendance persistante aux énergies fossiles.

4. L’hydrogène vert : l’électrolyse renouvelable

L’hydrogène vert est produit par électrolyse de l’eau alimentée par de l’électricité d’origine renouvelable (solaire, éolien, hydraulique). L’électrolyseur décompose la molécule d’eau (H2O) en hydrogène (H2) et oxygène (O2) sans aucune émission de CO2.

Le coût de production reste élevé : 4 à 8 euros/kg selon les conditions locales (prix de l’électricité, facteur de charge de l’électrolyseur). Mais il baisse rapidement avec la chute du coût des renouvelables et l’industrialisation des électrolyseurs. L’objectif européen est d’atteindre 2 euros/kg d’ici 2030.

La directive européenne RED III définit des critères stricts pour qualifier un hydrogène de « vert » : l’électricité renouvelable doit être additionnelle (nouvelles capacités dédiées), corrélée temporellement (produite au même moment que l’électrolyse) et corrélée géographiquement (dans la même zone de marché).

5. L’hydrogène rose (ou violet) : la voie nucléaire

L’hydrogène rose est produit par électrolyse de l’eau alimentée par de l’électricité nucléaire. Ses émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie sont très faibles, comparables à celles de l’hydrogène vert : environ 0,5 à 2 kg CO2/kg H2.

La France défend activement l’hydrogène rose au niveau européen. La directive RED III a finalement reconnu un compromis permettant à la France d’utiliser son électricité nucléaire pour produire de l’hydrogène bas-carbone éligible aux objectifs européens.

L’avantage compétitif de l’hydrogène rose français est son facteur de charge. Un électrolyseur couplé à un réacteur nucléaire peut fonctionner 7 000 à 8 000 heures par an, contre 2 000 à 4 000 heures pour un électrolyseur couplé à l’éolien ou au solaire. Ce taux d’utilisation élevé réduit le coût unitaire de production à 3 à 5 euros/kg — compétitif face au vert.

6. L’hydrogène turquoise : la pyrolyse du méthane

L’hydrogène turquoise est produit par pyrolyse du méthane : le gaz naturel est chauffé à très haute température (1 000 °C et plus) en l’absence d’oxygène, ce qui le décompose en hydrogène et en carbone solide. Pas de CO2 gazeux : le carbone est récupéré sous forme de noir de carbone, valorisable dans l’industrie (pneumatiques, encres, matériaux composites).

Cette technologie est encore au stade pilote, avec des start-ups comme Monolith (USA) et Hiirogen (Australie). Son coût estimé se situe entre 2 et 4 euros/kg. Elle intéresse particulièrement les pays disposant de gaz naturel abondant et cherchant une alternative au bleu sans CCS.

7. Les autres couleurs

L’inventaire ne s’arrête pas là. L’hydrogène blanc (ou natif) désigne l’hydrogène naturel présent dans le sous-sol terrestre, dont des gisements ont été découverts au Mali et en France. L’hydrogène jaune est parfois utilisé pour désigner l’hydrogène produit par un mix électrique non exclusivement renouvelable. L’hydrogène noir ou brun désigne celui issu de la gazéification du charbon — le plus polluant de tous.

8. Comparatif synthétique

Voici un récapitulatif des principales caractéristiques de chaque couleur :

  • Gris : vaporeformage du gaz naturel | 1,5-2,5 euros/kg | 9-12 kg CO2/kg H2
  • Bleu : vaporeformage + CCS | 2-4 euros/kg | 1-3 kg CO2/kg H2
  • Vert : électrolyse + renouvelables | 4-8 euros/kg | ~0 kg CO2/kg H2
  • Rose : électrolyse + nucléaire | 3-5 euros/kg | 0,5-2 kg CO2/kg H2
  • Turquoise : pyrolyse du méthane | 2-4 euros/kg | carbone solide (pas de CO2 gazeux)

9. L’enjeu pour la France : bas-carbone avant tout

La stratégie nationale hydrogène ne raisonne pas en couleurs mais en intensité carbone. L’objectif est de développer un hydrogène décarboné, qu’il soit vert ou rose, pour remplacer les 900 000 tonnes d’hydrogène gris consommées chaque année par l’industrie française (raffinage, chimie, engrais).

Les 15 projets français retenus dans le cadre du PIIEC hydrogène couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production d’e-fuels à la décarbonation industrielle. L’arc-en-ciel des couleurs est un outil pédagogique ; l’empreinte carbone est le vrai critère.

Ce guide est régulièrement mis à jour pour refléter les évolutions réglementaires et technologiques. Dernière mise à jour : mars 2026.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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