La France taxe lourdement l’essence et le diesel depuis des décennies. Ces recettes financent une partie des routes, des hôpitaux, de l’État tout court. Le problème, c’est que la transition énergétique vise justement à faire disparaître ces carburants. Et avec eux, des milliards d’euros de fiscalité.
Près de 60 milliards d’euros qui reposent sur le fossile
En 2024, la fiscalité de l’énergie a rapporté 59,7 milliards d’euros à l’État, l’équivalent de 2 % du PIB. Le détail est parlant : 39,5 milliards d’accises sur les produits énergétiques, auxquels s’ajoutent 17,6 milliards de TVA. Le cœur de ce magot ? Les carburants routiers, via la fameuse TICPE. Chaque plein d’essence alimente les caisses publiques bien au-delà du prix du pétrole lui-même.
C’est confortable tant que les Français roulent au thermique. Beaucoup moins quand l’objectif affiché est de basculer le pays vers l’électrique.

Treize milliards qui pourraient s’évaporer
La mécanique est implacable. Moins de voitures thermiques, moins de carburant vendu, moins de TICPE encaissée. Le Trésor a mis un chiffre sur ce mouvement : les recettes fiscales liées à l’énergie pourraient chuter de 13 milliards d’euros d’ici 2030. Une baisse d’environ 30 % en quelques années seulement.
Treize milliards, ce n’est pas une ligne comptable anodine. C’est l’ordre de grandeur du budget annuel de la justice. Et la trajectoire ne s’arrête pas en 2030 : plus l’électrification avance, plus la base taxable fond.
Le piège : moins de recettes, plus de dépenses
Voici le vrai casse-tête. Au moment même où ses recettes fossiles s’effritent, l’État doit financer une transition qui coûte cher. RTE prévoit à lui seul environ 100 milliards d’euros d’investissements sur quinze ans pour adapter le réseau électrique à l’électrification massive. Ajoutez le nouveau programme nucléaire EPR2, le soutien aux renouvelables, le déploiement du stockage par batteries. La facture grimpe vite.
L’effet ciseau est brutal : la ressource diminue pendant que le besoin explose. Et l’électricité, elle, reste aujourd’hui moins taxée que les carburants. Électrifier le pays revient donc, mécaniquement, à déplacer les usages vers une assiette fiscale plus légère.

Quelles pistes pour combler le trou ?
Plusieurs leviers reviennent sur la table. Aligner la fiscalité du diesel sur celle de l’essence. Réduire progressivement les niches fiscales favorables aux énergies fossiles. Revoir à la hausse la taxation du carbone, tout en allégeant celle de l’électricité pour rendre la bascule attractive. Certains évoquent même une taxe kilométrique ou une contribution assise sur l’usage du réseau routier.
Aucune de ces options n’est indolore. La France garde en mémoire la crise des gilets jaunes, partie d’une hausse de la taxe carbone sur les carburants. Toucher au prix de la mobilité reste politiquement explosif. C’est sans doute pour cela que la question du financement avance si prudemment, entre rapports d’alerte et arbitrages reportés.
Un arbitrage qui ne pourra plus attendre
La PPE3 vise 585 térawattheures d’électricité décarbonée en 2030, contre 458 en 2023. Cette ambition suppose des investissements colossaux, et donc des recettes pour les porter. La vraie question n’est plus de savoir si l’État créera de nouveaux impôts, mais lesquels, quand, et qui les paiera. Les automobilistes d’aujourd’hui, les consommateurs d’électricité de demain, ou l’ensemble des contribuables ? Le débat ne fait que commencer, et il sera tout sauf technique.


