EDF n’aura bientôt plus une seule éolienne en Amérique du Nord. Le groupe est en discussions avancées pour céder la totalité de son portefeuille éolien et solaire outre-Atlantique. Derrière l’opération, une obsession : dégager de quoi financer les six futurs réacteurs EPR2.
Le projet Lafayette, ou la sortie programmée d’Amérique
Lancé il y a quelques mois, le projet Lafayette vise un objectif simple : solder l’intégralité des actifs éoliens et photovoltaïques d’EDF au Canada, au Mexique et aux États-Unis. Cela représente 6,1 GW d’installations en service et 19,2 GW de projets en développement, soit environ 35 % du portefeuille solaire et éolien mondial du groupe à fin 2024.
Le repreneur pressenti est LS Power, une compagnie électrique américaine entrée en négociations avancées. Rien n’est signé, mais des rumeurs évoquent un accord annoncé d’ici la semaine prochaine, pour un montant avoisinant les 4 milliards d’euros. La décision n’a rien d’improvisé. Fin 2025, le PDG Bernard Fontana avait déjà donné le cap : prioriser la France, le nucléaire et l’hydroélectricité.

Le contexte américain n’aide pas à garder ces actifs. L’administration Trump a instauré un moratoire sur les nouveaux projets éoliens, entraînant pour EDF une dépréciation de 900 millions d’euros sur son projet offshore Atlantic Shores, mené avec Shell au large du New Jersey. Vendre maintenant, c’est aussi sortir d’un marché devenu hostile.
Quatre milliards face à une facture de 73
Soyons clairs sur les ordres de grandeur. Ces 4 milliards d’euros pèsent peu face aux 72,8 milliards désormais estimés pour la construction des six EPR2. Mais l’enjeu n’est pas seulement comptable. C’est un signal envoyé aux marchés et à l’État sur la capacité du groupe à assainir ses comptes.
Car la dette d’EDF tourne toujours autour de 50 milliards d’euros. En février, Bernard Fontana indiquait que les transferts d’actifs et cessions envisagés représentaient une enveloppe globale de 20 milliards. La vente nord-américaine n’en serait que le premier acte. La Cour des comptes avait déjà pointé la fragilité financière du groupe après sa renationalisation.
Le nucléaire neuf, un gouffre à financer
Le vrai vertige est ailleurs. À l’horizon 2040, la Cour des comptes évoque près de 500 milliards d’euros de besoins d’investissement pour EDF, entre prolongation du parc existant, construction du nouveau nucléaire et adaptation des réseaux. Une montagne. Pour la gravir, le groupe multiplie les leviers : cessions d’actifs, mais aussi mobilisation du Livret A des Français.
Le calendrier, lui, se resserre. La décision finale d’investissement sur les EPR2 est attendue d’ici la fin 2026. Le chantier de génie civil de la première paire de réacteurs de Penly a déjà été confié à un consortium, et le premier béton est désormais visé pour 2029. Chaque garantie financière supplémentaire rapproche EDF du feu vert.

Un pari sur le repli américain
Reste que vendre 6,1 GW en service et près de 20 GW de projets, c’est aussi renoncer à un pipeline considérable. EDF parie que la valeur de ces actifs ne remontera pas de sitôt dans un marché américain refroidi par Washington. Le recentrage assume ce choix : mieux vaut un encaissement net aujourd’hui qu’un portefeuille incertain demain.
L’opération illustre une bascule plus large. L’électricien tricolore, longtemps champion mondial des renouvelables, resserre sa géographie et ses métiers autour de l’atome et de l’hydraulique nationale. Un virage cohérent avec la relance nucléaire, mais qui rétrécit sa diversification.
Une question demeure, que la cession ne réglera pas à elle seule. Même à 4 milliards, même à 20, EDF devra convaincre Bruxelles et les marchés que le modèle économique des EPR2 tient debout. La vente des éoliennes américaines n’est qu’un premier versement sur une facture qui se compte en centaines de milliards.


