Stratégie

Green bonds énergie : 30 milliards d’euros levés en France en 2025

Trente milliards d’euros d’obligations vertes levés en France en 2025. Un record qui porte la marque d’un changement majeur : depuis l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie européenne, les green bonds financent désormais aussi bien les parcs éoliens que les réacteurs EPR2.

Les green bonds : un marché en pleine explosion

Les obligations vertes (green bonds) sont des instruments de dette dont les fonds sont fléchés vers des projets environnementaux. En France, le marché a décollé en 2017 avec l’émission de la première OAT Verte par l’État. Depuis, le volume annuel n’a cessé de croître, porté par la demande des investisseurs institutionnels soucieux de décarboner leurs portefeuilles.

En 2025, les émissions françaises de green bonds — souveraines et corporate confondues — ont franchi la barre des 30 milliards d’euros. La France se positionne comme le premier émetteur souverain d’obligations vertes au monde, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Le nucléaire dans les green bonds : le tournant de la taxonomie

L’événement structurant a été l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie européenne en 2023. Classé parmi les activités « vertes » sous certaines conditions (gestion des déchets, standards de sûreté), le nucléaire est devenu éligible aux financements verts. Une décision que la SFEN a saluée comme un tournant pour la filière.

Concrètement, l’État français a intégré le nucléaire dans le cadre de ses emprunts verts. Une partie des fonds levés via l’OAT Verte finance désormais le programme EPR2, la prolongation du parc existant et la recherche sur les SMR. Un signal fort pour les investisseurs internationaux.

Les émetteurs corporate : EDF, Orano, Engie en première ligne

EDF est le premier émetteur corporate français de green bonds dans le secteur de l’énergie. Le groupe a levé plusieurs milliards d’euros en obligations vertes depuis 2013, finançant ses projets hydrauliques, éoliens, solaires et désormais nucléaires. L’EPR2 devrait bénéficier d’une part croissante de ces financements.

Engie finance ses activités de stockage, d’hydrogène et de réseaux de chaleur par des green bonds. Orano explore le format pour financer ses investissements dans le cycle du combustible. Les banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole) sont les principaux arrangeurs de ces émissions.

L’OAT Verte : vitrine de la France

L’OAT Verte, lancée en 2017, est l’obligation verte souveraine la plus emblématique au monde. Avec un encours de plus de 50 milliards d’euros, elle finance un large spectre de dépenses vertes : transports, rénovation énergétique, biodiversité, énergie. L’inclusion du nucléaire dans son périmètre a suscité un débat vif mais a été validée par le Conseil d’évaluation de l’OAT Verte.

La taxonomie verte européenne fournit le cadre de référence. La classification des activités durables détermine quels projets sont éligibles aux green bonds conformes au standard européen. Le nucléaire y figure sous réserve du respect de critères stricts sur les déchets et la sûreté.

Les limites : greenwashing et standards

La croissance rapide du marché soulève des questions de crédibilité. L’absence de standard unique et contraignant a permis des pratiques contestables, qualifiées de greenwashing. Le Green Bond Standard européen (EU GBS), entré en application fin 2024, impose un alignement strict avec la taxonomie et un audit externe systématique. Il devrait améliorer la transparence et la comparabilité des émissions.

L’enquête de la Commission européenne sur les aides d’État au programme EPR2 pourrait indirectement impacter les conditions de financement vert du nucléaire français. Si Bruxelles impose des conditions restrictives, les spreads sur les obligations vertes nucléaires pourraient s’élargir.

Perspectives : vers 50 milliards d’euros par an

Le marché français des green bonds devrait continuer de croître. Le programme EPR2 (72,8 milliards d’euros), la stratégie hydrogène (9 milliards), le développement du stockage et la rénovation énergétique représentent des besoins de financement colossaux. Les obligations vertes sont devenues un outil incontournable de la transition énergétique française — et le nucléaire, longtemps exclu, y a désormais toute sa place.

La rédaction

La rédaction de Pilotable.fr couvre l'actualité des énergies pilotables : nucléaire, hydrogène, stockage, flexibilité et stratégie énergétique.

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