La France est le pays le plus interconnecté d’Europe. Avec des liaisons électriques transfrontalières vers six pays (Royaume-Uni, Belgique, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne), le réseau français dispose de plus de 50 GW de capacités d’échange. Un maillage qui joue un rôle crucial dans l’équilibrage du système électrique continental.
La France, carrefour électrique de l’Europe
Les interconnexions électriques sont des liaisons à haute tension (400 kV en courant alternatif, ou en courant continu pour les câbles sous-marins) qui relient les réseaux de deux pays. La France est reliée à six pays par un total de 54 liaisons, pour une capacité d’échange cumulée dépassant 50 GW — soit l’équivalent de la puissance de 50 réacteurs nucléaires.
Cette position centrale n’est pas un hasard : le parc nucléaire français, le plus important d’Europe occidentale avec 56 réacteurs, produit historiquement plus d’électricité que le pays n’en consomme. La France est ainsi le premier exportateur net d’électricité en Europe, avec un solde exportateur moyen de 40 à 60 TWh par an (hors année 2022, marquée par la crise de corrosion sous contrainte).
Les principales interconnexions
L’interconnexion avec le Royaume-Uni est la plus emblématique. Trois câbles sous-marins sous la Manche (IFA 2 GW, IFA2 1 GW, ElecLink 1 GW) totalisent 4 GW de capacité. La France exporte massivement vers le Royaume-Uni, qui a besoin de cette électricité bas carbone pour compenser l’intermittence de ses parcs éoliens offshore. De nouveaux projets (FAB Link vers Alderney, GridLink) pourraient porter la capacité à 6-7 GW.
Avec l’Espagne, la capacité est encore limitée à 2,8 GW, freinée par la chaîne des Pyrénées. Le projet de nouvelle interconnexion par le golfe de Gascogne (câble sous-marin de 2 GW) est en cours de développement et devrait être opérationnel vers 2028-2030. Il doublera la capacité d’échange avec la péninsule ibérique, riche en solaire et en éolien.
Les interconnexions avec l’Allemagne (4,6 GW), la Belgique (4,3 GW), la Suisse (3,2 GW) et l’Italie (4,4 GW) complètent le maillage. Des projets de renforcement sont prévus sur chaque frontière, portant la capacité totale à plus de 60 GW d’ici 2030.
Un rôle clé pour la sécurité d’approvisionnement
Les interconnexions sont un filet de sécurité pour le système électrique. Lors des pointes de froid en hiver, la France peut importer de l’électricité de ses voisins pour compléter sa production nationale. Inversement, lors des canicules estivales, lorsque les réacteurs nucléaires réduisent leur puissance (contraintes thermiques sur les cours d’eau), les importations depuis l’Allemagne (éolien) ou l’Espagne (solaire) prennent le relais.
L’hiver 2022-2023 a illustré cette fonction d’assurance. Avec 16 réacteurs nucléaires à l’arrêt pour corrosion sous contrainte, la France est devenue importatrice nette pour la première fois en 40 ans. Les interconnexions ont permis d’éviter des délestages, en important jusqu’à 12 GW simultanément. La PPE3 tire les leçons de cet épisode en renforçant l’objectif de capacité d’interconnexion.
Le marché couplé européen
Depuis 2014, les marchés spot de l’électricité européens sont « couplés » : les échanges transfrontaliers sont optimisés automatiquement par un algorithme (Euphemia) qui alloue les capacités d’interconnexion aux flux les plus créateurs de valeur. Concrètement, lorsque l’électricité est moins chère en France qu’en Allemagne, les flux s’orientent automatiquement de la France vers l’Allemagne, jusqu’à saturation des interconnexions.
Ce couplage de marché bénéficie à la France, dont l’électricité nucléaire est structurellement moins chère que l’électricité thermique de ses voisins (hors heures de forte production renouvelable). Les recettes d’exportation — environ 3 à 4 milliards d’euros par an en moyenne — contribuent au financement du réseau de transport géré par RTE.
Les enjeux futurs
L’augmentation de la part des énergies renouvelables en Europe rend les interconnexions encore plus cruciales. Le vent souffle rarement partout en même temps : les interconnexions permettent de compenser l’intermittence locale par la diversité géographique. Les scénarios de RTE Futurs Énergétiques montrent que le besoin de capacité d’échange pourrait atteindre 80 GW à horizon 2050 pour la France.
Le développement des interconnexions soulève toutefois des questions de souveraineté. Dépendre des importations pour assurer la sécurité d’approvisionnement, même ponctuellement, expose la France aux aléas politiques et techniques chez ses voisins. Le guide des énergies pilotables de Pilotable rappelle que la pilotabilité du système repose avant tout sur une capacité de production nationale suffisante, les interconnexions jouant un rôle de complément et d’optimisation.
Le renforcement des interconnexions est aussi un défi d’acceptabilité locale. Les nouvelles lignes à haute tension et les câbles sous-marins se heurtent souvent à l’opposition des riverains et des pêcheurs. Le projet de liaison Golfe de Gascogne France-Espagne a ainsi connu plusieurs années de retard pour des raisons environnementales et de concertation. La PPE3 prévoit des mesures de simplification des procédures administratives pour accélérer ces projets d’infrastructure.
Ce qu’il faut retenir
- La France dispose de plus de 50 GW d’interconnexions transfrontalières avec six pays, un record européen.
- Ces liaisons assurent la sécurité d’approvisionnement et génèrent 3 à 4 milliards d’euros de recettes d’exportation par an.
- Le marché couplé européen optimise automatiquement les échanges entre pays.
- Le besoin de capacité d’échange pourrait atteindre 80 GW d’ici 2050, nécessitant de nouvelles infrastructures.


