Nucléaire

EDF : la Cour des comptes juge la renationalisation coûteuse

Le 28 mai 2026, la Cour des comptes publie un rapport au vitriol sur la renationalisation à 100 % d’EDF décidée en 2022. Verdict : 9,7 milliards d’euros engagés, et une « nécessité non démontrée ». Le timing est explosif. À quelques mois de la décision finale d’investissement sur les six premiers EPR2, le rapport rouvre la question du financement public du nouveau nucléaire.

Chiffres clés de la renationalisation d'EDF : 9,7 milliards d'euros, prime de 45 %, 72,8 milliards pour les EPR2
Les trois chiffres qui résument le rapport de la Cour des comptes du 28 mai 2026.

9,7 milliards d’euros pour une décision politique

En 2022, en pleine crise énergétique et juste après l’annonce de la relance du nucléaire civil, l’État remonte sa participation dans EDF de 84 % à 100 %. L’offre publique de retrait obligatoire est fixée à 12 euros par action. La Cour des comptes le rappelle froidement : sur le semestre précédant l’opération, le cours moyen pondéré de l’action s’établissait à 8,27 euros. La prime payée atteint donc 45 % du cours.

Pour la juridiction financière, c’est trop. Avec une prime de 30 %, plus alignée sur les standards du marché, l’État aurait économisé environ 1 milliard d’euros. La décision relève d’un choix politique, pas d’une nécessité économique démontrée par les pièces du dossier.

« Ni la souveraineté, ni le financement » ne justifient l’opération

Le passage le plus tranchant du rapport. La Cour estime que « ni les impératifs de souveraineté et d’indépendance énergétiques, ni les besoins de financement du groupe ou la volonté d’en renforcer le pilotage opérationnel ne nécessitaient une détention à 100 % d’EDF par l’État ».

Un détail compte. La sortie de la Bourse aurait pu se faire à 90-95 % du capital, sans devoir aller chercher chaque minoritaire au prix fort. C’est exactement ce que pointe la Cour : l’objectif de pilotage stratégique était atteignable à moindre coût.

Le rapport tombe à neuf mois de la décision EPR2

Le calendrier industriel et le calendrier politique se télescopent. EDF doit prendre fin 2026 sa décision finale d’investissement sur les six premiers EPR2 de Penly, Gravelines et Bugey. Le programme est désormais évalué à 72,8 milliards d’euros, en hausse de 8 % par rapport à l’estimation initiale. Et la Commission européenne instruit en parallèle le mécanisme d’aide d’État qui doit sécuriser la rentabilité du modèle économique.

La Cour des comptes ne s’oppose pas au programme. Elle constate même que l’État « devra contribuer à des besoins d’investissement massifs » et chiffre la facture EPR2 dans son rapport. Mais elle rappelle que chaque milliard public engagé doit être justifié, et que le précédent de 2022 montre que ce n’est pas toujours le cas.

Quel impact sur le financement des futurs réacteurs ?

Trois conséquences possibles à court terme.

Sur la pression budgétaire d’abord. Le ministère de l’Économie va devoir répondre publiquement à la Cour. Difficile de défendre 9,7 milliards d’euros mal calibrés et, dans la même séquence, d’annoncer une enveloppe massive pour les EPR2 sans cadre de financement détaillé. Le rapport renforce la demande d’un schéma de financement clair, public et privé, qui dépassait jusqu’ici le simple stade des intentions.

Sur le calendrier politique ensuite. La décision finale d’investissement nécessite un véhicule législatif ou réglementaire qui sécurise les contrats long terme (Contracts for Difference ou équivalent). Le rapport de la Cour donne des arguments aux députés qui voudront conditionner ce véhicule à des garanties supplémentaires sur la maîtrise des coûts.

Sur les contreparties enfin. EDF entreprise publique à 100 %, c’est aussi un dividende d’un milliard d’euros versé en 2026 à son unique actionnaire. La Cour ne le critique pas. Elle souligne en revanche que la performance d’EDF en tant qu’opérateur reste mesurable indépendamment de la structure capitalistique.

Pilotable, dirigeable, finançable : les trois mots à articuler

Côté production, le parc tient ses promesses. Avril 2026 affiche 29,3 TWh nucléaires, en hausse de 2,2 TWh sur un an. Le redémarrage anticipé de Flamanville 2, avec 36 jours d’avance, illustre la remontée en maturité industrielle d’EDF. Le pari de la disponibilité du parc historique, qui finance en partie le futur, est en train d’être gagné.

Reste à articuler trois exigences. Un parc pilotable qui produit ce qu’on attend de lui. Une gouvernance dirigeable, qui n’a pas besoin de 100 % de capital pour fonctionner. Un modèle finançable, qui ne fait pas peser sur le seul contribuable les choix de long terme. Le scénario Net Zero d’EDF rappelle que ces trois axes valent aussi à l’échelle européenne.

Et après ?

La balle est dans le camp de Bercy. Une réponse formelle est attendue dans les jours qui viennent. Le passage devant le Parlement, lui, est inévitable. La Cour ne dicte pas la politique énergétique. Mais en posant noir sur blanc le coût d’une décision politique, elle oblige à expliciter le prix de la prochaine. Et la prochaine, c’est l’architecture du financement des moyens pilotables, EPR2 en tête.

Pilotable.fr

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