Le 15 octobre, le gouvernement a présenté la deuxième phase de son plan d’électrification. Au milieu de dix-sept mesures centrées sur le pouvoir d’achat, plusieurs pages du dossier de presse intéressent directement les opérateurs de flexibilité : un « pacte de la flexibilité » signé avec huit acteurs de la filière, assorti d’engagements chiffrés à l’horizon 2027-2030. Ce qui suit les met à plat, acteur par acteur, et signale ce qu’ils disent et ce qu’ils ne disent pas.
Ce que l’État annonce de son côté
Le pacte repose d’abord sur des mesures publiques. Le principe affiché : faire du pilotage le mode « par défaut » des équipements domestiques.
- Pompes à chaleur : les aides seront conditionnées à la pilotabilité dès 2027. Gain avancé par le gouvernement : 150 à 200 € par an et par ménage.
- Bornes de recharge : une aide de 500 € pour une borne pilotable en maison individuelle à partir du 1er janvier 2027, intégrée à la prime CEE pour les véhicules électriques. Un pilotage par défaut des nouvelles bornes sera travaillé avec la filière, par exemple via le compteur Linky.
- Solaire et batterie : une dérogation, d’ici fin 2026, autorisera jusqu’à 25 MW installés contre 17 MW aujourd’hui, à condition de ne jamais injecter plus de 17 MW sur le réseau.
- Batteries : clarification des règles d’implantation, publication prévue d’ici le 1er décembre 2026.
- Industrie : des exigences de flexibilité intégrées aux dispositifs de comptage énergétique, sans calendrier précisé.
Le dossier rappelle aussi la décision de la CRE du 28 septembre 2026 sur les produits « cloche solaire » d’EDF Obligation d’achat, que nous avions analysée début octobre.
Les engagements des huit signataires
| Signataire | Engagement | Échéance |
|---|---|---|
| Gimelec (filière électronumérique) | Mobiliser 6 GW de flexibilité dans le tertiaire en équipant 50 % du parc existant de dispositifs de pilotage | Non précisée |
| Octopus Energy France | Piloter 1,5 million d’équipements, soit 5 à 6 GW mobilisables ; reverser 100 M€ de gains aux ménages ; 15 000 pompes à chaleur pilotées ; usine de PAC de 150 M€ « si les volumes se matérialisent » | 2030 |
| NW | Investir 1 Md€ pour 1,5 GW supplémentaires sur sa plateforme d’opérateur de flexibilité, ouverte aux industriels et aux particuliers | 2030 |
| Neoen | Déployer 1 GW de capacité de flexibilité | 2030 |
| EDF | Piloter chauffage, eau chaude, pompes à chaleur et recharge pour 5 millions de clients | 2030 |
| Hello Watt | Piloter 300 000 foyers ; reverser 50 % des revenus du pilotage ; compatibilité avec plus de 75 % du parc de PAC et de photovoltaïque | 2028 |
| Avere (mobilité électrique) | Pilotage par défaut de toutes les bornes installées ; part des électromobilistes qui pilotent leur recharge portée de 35 % à 70 % | 2030 |
| Uniclima (pompes à chaleur) | Socle commun pour piloter les PAC par des opérateurs externes via une API | 1er février 2027 |
Source : gouvernement, dossier de presse du 15 octobre 2026, pages 16 et 17.
Des gigawatts qui ne s’additionnent pas
Analyse Pilotable. La tentation est d’additionner : 6 GW pour le Gimelec, 5 à 6 GW pour Octopus, 1,5 GW pour NW, 1 GW pour Neoen. Ce serait une erreur, pour trois raisons.
D’abord, les périmètres se recouvrent. Un même foyer équipé d’une pompe à chaleur pilotable peut entrer dans le compteur d’EDF, d’Octopus ou de Hello Watt, selon son fournisseur ou son agrégateur, et dans celui d’Uniclima par l’équipement. Ensuite, les unités diffèrent : des gigawatts « mobilisables » (Octopus), une capacité de plateforme (NW), un nombre de clients (EDF) ou de foyers (Hello Watt). Enfin, ces chiffres sont des puissances. Ils ne disent rien de la durée pendant laquelle cette puissance peut être décalée, donc de l’énergie réellement modulée en MWh. Le dossier de presse ne précise pas non plus de dispositif de suivi de ces engagements.
Selon GreenUnivers, plusieurs signataires ont confirmé à cette occasion des objectifs déjà connus. Ces engagements pèsent surtout comme signal de marché : la flexibilité diffuse, longtemps cantonnée au contact heures creuses du ballon d’eau chaude, devient un argument commercial revendiqué par les fournisseurs.
Ce qui change pour les développeurs de batteries
Deux mesures concernent directement les projets de stockage. La dérogation 25 MW / 17 MW vise les centrales solaires couplées à une batterie : un développeur pourra surdimensionner l’installation sans dépasser la puissance d’injection. Pour l’instant, c’est une annonce. Le texte, son véhicule juridique et ses conditions précises restent à publier. La clarification des règles d’implantation des batteries, attendue d’ici le 1er décembre, devra dire ce qui change concrètement pour les installations locales.
Ces annonces s’ajoutent à un cadre de rémunération qui se resserre pour le stockage. Pour la première enchère capacitaire de long terme, celle de 2030-2031, la CRE a proposé un coefficient de filière de 0,45 pour les batteries (notre article du 12 octobre). Pour un projet hybride, la valeur se jouera donc sur l’arbitrage entre marché de gros, services système et capacité. Pour un premier ordre de grandeur sur la taille d’une batterie, Pilotable propose un outil de dimensionnement de batterie industrielle.
Le même plan prévoit une surréservation de l’accès au réseau de RTE en Île-de-France, pour dégager au moins 1 GW de capacité aux projets industriels et numériques, avec un accès plus rapide à la pleine puissance pour les centres de données en échange d’un engagement financier. Les paramètres devaient être définis dès la mi-octobre.
Pour les fabricants et installateurs : l’interopérabilité devient la condition
Pour les fabricants de pompes à chaleur, le calendrier se resserre : l’API commune d’Uniclima est attendue au 1er février 2027, alors que les aides seront conditionnées à la pilotabilité dès 2027. Côté recharge, les installateurs de bornes en logement collectif cofinancées par le programme ADVENIR devront transmettre les informations nécessaires pour que la borne soit effectivement pilotée. En maison individuelle, la prime de 500 € s’applique à partir du 1er janvier 2027.
Pour un agrégateur, l’enjeu est l’accès : des équipements ouverts par API et un compteur Linky dont l’État promet de « maximiser les fonctionnalités de pilotage » élargissent le gisement adressable. Le dossier ne dit pas selon quelles modalités techniques ou contractuelles.
Pour replacer ces flexibilités de consommation dans l’ensemble des moyens pilotables du système électrique, voir notre guide de l’énergie pilotable et, pour le stockage, le guide BESS.
Ce qu’il faut surveiller
- Mi-octobre 2026 : définition des paramètres de surréservation du réseau de RTE en Île-de-France.
- 1er décembre 2026 : publication des règles clarifiées sur l’implantation des batteries.
- Fin 2026 : dérogation autorisant 25 MW installés pour 17 MW injectés sur les centrales solaires avec batterie.
- 1er janvier 2027 : entrée en vigueur de l’aide de 500 € pour les bornes pilotables.
- 1er février 2027 : socle commun d’API des pompes à chaleur promis par Uniclima.
- 2027 : conditionnement des aides aux pompes à chaleur à leur pilotabilité.
- Été 2027 : offres de recharge intelligente annoncées par EDF et Renault.
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