Flexibilité

Recharge résidentielle : 1,7 million de bornes et 4,8 GW à piloter

Logivolt a obtenu 300 millions d’euros pour équiper 1,7 million de places de stationnement résidentiel d’ici 2030. L’annonce a été reçue comme une bonne nouvelle pour la mobilité électrique. Elle en est une. Mais elle pose aussi, sans y répondre, la question qui intéresse le système électrique : que se passe-t-il quand ces 1,7 million de véhicules se branchent au même moment ?

Réseau de distribution électrique basse tension en zone résidentielle
La recharge résidentielle se concentre sur les transformateurs de quartier, là où le réseau a le moins de marge.

Un prêt vert de 300 millions pour 26 000 immeubles

Le financement passe par le groupe BPCE, sous forme de prêt vert. La cible : 26 000 immeubles, 1,7 million de places équipées d’ici 2030. Le pipeline commercial existe déjà, avec 8 500 assemblées générales de copropriété ayant voté favorablement.

Le modèle de Logivolt répond à un vrai blocage. En copropriété, l’infrastructure collective coûte cher et personne ne veut l’avancer. L’opérateur prend ce coût à sa charge et se rémunère ensuite sur les raccordements individuels. C’est élégant. Et ça débloque un segment qui représente une part énorme du parc résidentiel français.

Le contexte pousse dans ce sens. Les véhicules électriques pèsent désormais 35 % des nouvelles immatriculations selon la Plateforme automobile. Fin 2025, Enedis recensait 185 000 points de recharge publics, 1,1 million sur les parkings d’entreprises et 1,6 million chez les particuliers.

4,76 GW : ce que pèse la recharge résidentielle à la pointe

Voici le calcul que personne ne met en avant dans les communiqués. Sur 1,7 million de places équipées, avec un taux d’utilisation estimé à 40 %, on obtient 680 000 véhicules branchés simultanément aux heures de pointe. À 7 kW par borne, la demande instantanée atteint 4,76 GW.

Trois EPR. C’est l’ordre de grandeur, pour un usage qui ne figure sur aucun schéma de production.

Tous les véhicules ne se rechargeront pas en même temps, évidemment. Mais la contrainte n’est pas nationale, elle est locale. Les bornes résidentielles se déclenchent entre 19h et 23h, quand les gens rentrent, et elles sont géographiquement concentrées : un immeuble, un transformateur. Dans les zones pavillonnaires et les copropriétés denses, ce sont les postes de distribution qui saturent bien avant que le système national ne s’en aperçoive.

Enedis chiffre à plusieurs milliards d’euros le coût d’adaptation du réseau lié à l’électrification des usages. Ces montants ne figurent pas dans les 300 millions levés par Logivolt. Ils ne figurent nulle part, en fait, sinon dans le TURPE.

Le pilotage, seule variable qui change l’équation

Renforcer le réseau pour absorber une pointe de quatre heures par jour, c’est du cuivre immobilisé vingt heures sur vingt-quatre. La logique économique dit l’inverse : décaler la charge plutôt que dimensionner pour le pire.

Un véhicule branché à 19h et repartant à 7h dispose de douze heures pour absorber une charge qui en réclame quatre. La marge de manoeuvre est considérable, sans le moindre inconfort pour l’usager. Encore faut-il que quelqu’un pilote, et que ce pilotage soit rémunéré.

Pilotage intelligent de la recharge et effacement sur le réseau de distribution
Décaler la charge coûte moins cher que renforcer le réseau pour une pointe de quatre heures.

Les briques existent. Les compteurs communicants sont déployés, les heures creuses ont été redécoupées pour suivre la production solaire, les agrégateurs de flexibilité savent piloter des parcs diffus. EDF expérimente déjà des tarifs modulables auprès de foyers témoins. Ce qui manque, c’est l’obligation ou l’incitation qui rende le pilotage systématique plutôt qu’optionnel.

Parce qu’une borne installée sans pilotage reste une borne non pilotée pendant quinze ans.

Qui paie le renforcement du réseau ?

C’est le point aveugle du dossier. Logivolt finance l’infrastructure de l’immeuble. L’usager paie son raccordement et sa consommation. Le renforcement du poste de distribution, lui, part dans le tarif d’acheminement, mutualisé sur l’ensemble des consommateurs.

Sur le papier, la solidarité tarifaire se justifie : l’électrification des usages bénéficie à tous. Dans les faits, elle envoie un signal-prix nul à celui qui décide de l’heure à laquelle il branche sa voiture. Un coût invisible n’infléchit aucun comportement.

Recharger 50 kWh coûte environ 8,50 € en heures pleines et 5,50 € en heures creuses. Pour 15 000 km par an, la facture annuelle tombe à 275 € en heures creuses. L’écart existe donc bien, mais il porte sur l’énergie, pas sur la puissance appelée ni sur la contrainte réseau qu’elle provoque. Ce sont deux choses différentes, et c’est la seconde qui coûte des milliards.

Une infrastructure qui vivra quinze ans

Les bornes doivent tenir 10 à 15 ans. Chaque installation réclame une étude du réseau local, le respect de la norme NF C 15-100, une coordination avec Enedis ou l’entreprise locale de distribution. La standardisation se heurte à la diversité des configurations de copropriété.

Ce calendrier est aussi une opportunité. Un parc de 1,7 million de points de charge pilotables, c’est le plus gros gisement de flexibilité diffuse jamais constitué en France, loin devant l’effacement du chauffage électrique. Encore faut-il l’équiper pour ça dès la pose, pas après coup.

La question n’est plus de savoir si la recharge résidentielle va se développer. Elle est de savoir si on la construit pilotable, ou si on la construit puis on paie pour la rendre pilotable.

Source : L’EnerGeek, 11 septembre 2026

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