Le 10 septembre, en présentant ses propositions pour la présidentielle 2027, France renouvelables a laissé passer une phrase qui va occuper la filière tout l’automne : le syndicat n’écarte pas une taxe sur le stockage. Pas une revendication. Un ballon d’essai lancé vers les parlementaires, à quelques semaines de la construction du budget.

Ce que le syndicat a réellement dit
Le message principal de France renouvelables aux élus tient en une ligne : baisser les taxes sur l’électricité. Autour de cet axe, son directeur général Jérémie Almosni a indiqué que le syndicat allait « tester l’appétence » des parlementaires sur deux points « qui ont déjà circulé » dans le cadre du budget 2027. La taxe sur le stockage fait partie du paysage de ces discussions.
Il faut lire la manœuvre pour ce qu’elle est. Une filière qui demande un allègement fiscal sur la consommation d’électricité doit proposer une contrepartie budgétaire, sinon Bercy referme le dossier. Le stockage, secteur jeune, en forte croissance, encore peu fiscalisé, coche les cases de l’assiette commode.
Et le reste du programme va dans le même sens. Seize axes remis aux candidats, dont une proposition qualifiée de centrale par Mattias Vandenbulcke, délégué général adjoint : une programmation pluriannuelle de l’électrification. Planifier la demande, plus seulement l’offre. Le stockage est l’outil qui permet de tenir cette promesse. En taxer l’installation revient à renchérir le seul actif capable de rendre l’électrification supportable pour le réseau.
Une assiette qui arrive au pire moment du cycle
Le calendrier est mauvais. Les chiffres de BloombergNEF, relayés le 10 septembre, montrent une filière renouvelable qui décroche : 690 milliards de dollars investis en 2025, soit 10 % de moins qu’en 2024, puis 327 milliards sur le seul premier semestre 2026, une stabilisation sans reprise. L’éolien recule de 27 % sur un an, l’offshore de 72 %. Le photovoltaïque tombe à son plus bas niveau depuis 2021.
Les raisons invoquées par les investisseurs sont précisément celles que le stockage corrige : écrêtements, congestion des réseaux, cannibalisation des prix. Autrement dit, la production renouvelable ne trouve plus son modèle économique faute de capacité à décaler l’énergie dans le temps. Ajouter une charge fiscale sur cette capacité, c’est taxer le remède du problème qu’on cherche à résoudre.
La CRE l’a chiffré dans son rapport sur l’économie du système électrique : 513 heures à prix négatifs en 2025, contre 179 heures en moyenne entre 2010 et 2020. Nous avons détaillé ces chiffres dans notre analyse du coût complet du système électrique. Chaque heure à prix négatif est une heure où le stockage aurait dû absorber, et n’était pas là.
La valeur se déplace vers la vitesse
Il y a un point que le débat fiscal ignore et qui change tout. Pour Energy Pool, l’ajout de capacités renouvelables fait certes baisser les prix de gros, comme la CRE l’a rappelé, mais cela ne représente qu’une partie de l’équation. L’agrégateur observe un déplacement de la valeur vers la rapidité de réponse au système.

Concrètement, un actif qui répond en quelques secondes ne rend pas le même service qu’un moyen lent, et le marché commence à payer cette différence. Les batteries stationnaires et les effacements industriels captent cette prime, un basculement que l’été 2026 a rendu visible sur les prix spot. Les moyens à démarrage lent la perdent. Une fiscalité assise sur la capacité installée, indifférente à la vitesse de réponse, enverrait exactement le signal inverse de celui que le système envoie déjà par les prix.
Même logique côté mobilité : depuis début septembre, les bornes de recharge de véhicules électriques peuvent participer à l’équilibrage géré par RTE, sur le modèle des chauffages agrégés en centrales virtuelles. Un gisement de flexibilité qui ne coûte presque rien en acier neuf, et qui s’ajoute aux moyens dont le réseau français aura besoin en 2035. Faudra-t-il le taxer aussi ?
Le vrai arbitrage : consommation ou actif
Derrière la formule « taxe sur le stockage », il y a un choix de politique fiscale simple. Soit l’État prélève sur la consommation d’électricité, ce que la France fait massivement aujourd’hui, soit il prélève sur les actifs qui rendent le système gérable.
L’état actuel penche lourdement vers le premier terme. Le TURPE représente à lui seul environ un tiers de la facture d’électricité des ménages, rappelle Transitions & Énergies, qui conteste par ailleurs la lecture du rapport de la CRE. La fiscalité sur l’électricité pèse donc d’abord sur l’usage, au moment même où la politique publique demande aux Français de s’électrifier davantage.
Déplacer une partie du prélèvement vers le stockage corrigerait cette incohérence sur le papier. En pratique, cela reviendrait à décourager des investissements dont le point mort dépend d’un spread de prix volatil, difficile à modéliser sur quinze ans, et déjà fragilisé par le retour de la concurrence des interconnexions.
Ce qui se joue d’ici la loi de finances
Trois signaux à suivre dans les prochaines semaines. Le premier : la forme exacte de ce que les parlementaires reprendront. Une taxe assise sur la puissance raccordée n’a rien à voir avec un prélèvement sur les revenus d’arbitrage. Le deuxième : le sort réservé à la baisse des taxes sur l’électricité, la contrepartie que la filière réclame. Le troisième : la position de la CRE, qui vient de rappeler que la synchronisation entre production et consommation est la variable décisive du coût collectif.
Une chose paraît acquise. Le stockage n’est plus un sujet technique de raccordement, c’est devenu une ligne budgétaire discutée à l’Assemblée. Reste à savoir si les parlementaires le traiteront comme une infrastructure de réseau, qu’on subventionne, ou comme une rente de marché, qu’on ponctionne. Les deux lectures coexistent dans le même hémicycle.
Le reste de l’actualité du jour est dans notre veille énergie du 11 septembre 2026.
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