Stockage

Stockage par batteries : la France enchaîne les méga-projets

Neuilly-en-Thelle, un village de 4 500 habitants dans l’Oise, va accueillir l’une des plus grosses batteries de France. Kallista Energy et Envision Energy y construisent un système de stockage de 193 MW et 386 MWh. Un projet parmi une dizaine d’autres lancés cet été, révélateur d’une bascule que le secteur prépare depuis deux ans.

Neuilly-en-Thelle : deuxième round pour Kallista et Envision

Le chantier a démarré début juillet. Mise en service commerciale annoncée avant le printemps 2028. Les cellules viennent de la gigafactory d’Envision AESC, installée dans les Hauts-de-France et opérationnelle depuis juin 2025 : du lithium-fer-phosphate (LFP), la chimie qui a pris le dessus sur le marché stationnaire ces dernières années.

Ce n’est pas un coup d’essai. Kallista et Envision avaient déjà lancé ensemble le site de Saleux, dans la Somme, dont la construction a débuté en 2025. GreenUnivers décrit un partenariat qui s’installe dans la durée plutôt qu’une opération ponctuelle.

Coût des batteries stationnaires en France en 2026
La chimie LFP domine désormais les nouveaux projets de stockage stationnaire en France.

Pourquoi le réseau a besoin de tant de mégawattheures

La réponse tient en deux mots : prix négatifs. Quand le soleil tape et que la demande reste basse, le prix de l’électricité peut tomber à zéro, parfois en dessous. Ce mardi 28 juillet encore, plusieurs heures de la mi-journée sont passées sous zéro, pendant que la pointe du soir grimpait vers 210 €/MWh. Une batterie qui charge à midi et revend à 20 heures capture cet écart. C’est tout l’enjeu du stockage face aux prix négatifs, un mécanisme qui pousse désormais autant d’investisseurs vers les BESS que les mécanismes de capacité eux-mêmes.

Résultat : les revenus du stockage stationnaire ont bondi de 65 % au premier trimestre 2026 par rapport à l’an dernier. Un chiffre qui explique, à lui seul, pourquoi les développeurs se bousculent.

Les batteries ne travaillent plus seules. De plus en plus de projets sont couplés à des contrats d’agrégation, ces plateformes qui pilotent à distance un parc de sites pour vendre de la flexibilité au réseau. Le marché de l’agrégation a lui-même beaucoup changé depuis la crise énergétique de 2022-2023, sous l’effet du règlement européen sur le marché de l’électricité, désormais pleinement applicable. Pour un opérateur de BESS, être connecté à un agrégateur ouvre un revenu supplémentaire, en plus de l’arbitrage journalier sur les prix spot.

Le pari du LFP et des usines françaises

Le lithium-fer-phosphate s’est imposé pour une raison simple : il coûte moins cher à produire et vieillit mieux sur des cycles quotidiens que les autres chimies. La filière vise une fourchette de 70 à 80 €/kWh d’ici 2028. Les batteries sodium-ion, poussées notamment par CATL, commencent à se faire une place mais restent marginales sur le marché stationnaire français pour l’instant.

Ce qui change avec Neuilly-en-Thelle, c’est la provenance des cellules. Une gigafactory installée en France, dans les Hauts-de-France, qui alimente un chantier français. Pas une garantie de souveraineté totale, la chaîne de valeur des matériaux reste largement importée, mais un maillon de plus rapatrié sur le territoire.

Investissements dans le stockage par batteries en France
Les investissements dans le stockage stationnaire s’accélèrent en France depuis 2025.

Ce que prévoit RTE, et ce qu’il reste à construire

La France a dépassé 1,32 GW de batteries stationnaires opérationnelles fin du troisième trimestre 2025. RTE, dans ses scénarios Futurs énergétiques 2050, table sur 6 à 10 GW dès 2035, puis 15 à 25 GW à l’horizon 2050. Entre l’identification d’un site et sa mise en service, il faut compter 18 à 36 mois : raccordement, dossier ICPE, étude d’impact. Neuilly-en-Thelle, justement, vise une mise en service à peine deux ans après le lancement du chantier.

Le gouvernement, de son côté, n’a toujours pas mis en place de dispositif de subvention national dédié aux BESS. Les projets se financent aujourd’hui sur les seuls revenus de marché, arbitrage et mécanisme de capacité. Ça marche, pour l’instant, tant que les écarts de prix restent aussi larges qu’en ce mois de juillet.

Sur le terrain, le goulot d’étranglement n’est plus vraiment financier. Il est administratif. Raccordement au réseau, classement ICPE, étude d’impact environnemental : chaque étape ajoute des mois, parfois des années, avant qu’un site sélectionné ne devienne un site en construction. Les 18 à 36 mois évoqués plus haut sont une moyenne. Certains projets traînent bien au-delà, coincés dans une file d’attente de raccordement Enedis ou RTE qui s’allonge à mesure que les candidats se multiplient.

Un pari qui tient tant que les prix restent volatils

Reste une question que peu de développeurs posent à voix haute : que devient l’équation économique des BESS le jour où le parc atteint une taille suffisante pour lisser lui-même les écarts de prix qu’il exploite ? Plus il y aura de mégawattheures installés à midi pour revendre le soir, plus l’écart entre les deux heures se resserrera. Kallista, Envision et les autres développeurs ont sans doute quelques années devant eux avant d’y être confrontés. Pas beaucoup plus.

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