Stratégie

Fonds pour l’innovation : les 16 projets français retenus en 2026

Le 19 octobre 2026, la Commission européenne a dévoilé les lauréats de l’appel « technologies zéro net » de son Fonds pour l’innovation : 77 projets, 3,4 Md€ de subventions au total. Seize d’entre eux sont situés en France, dont un partagé avec l’Allemagne. Au-delà du symbole d’un premier petit réacteur nucléaire, la liste française dessine une tendance utile aux porteurs de projets : beaucoup de chaleur stockée, de flexibilité et de carburants de synthèse. Voici ce qu’elle contient et ce qu’elle engage réellement.

Un appel cinq fois plus demandé que financé

Le fonds est alimenté par les recettes du système d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE). Selon la Commission, l’appel lancé en décembre 2025 a reçu 358 candidatures, pour 17,5 Md€ de subventions demandées, face à un budget disponible de 2,9 Md€. Les cinq volets ont été sursouscrits. Le plus disputé reste celui des grands projets (plus de 100 M€ d’investissement) : les demandes y dépassaient 7,5 fois le budget initial de 1,2 Md€.

Répartition des 77 lauréats selon la Commission :

  • grands projets (investissement supérieur à 100 M€) : 12 projets, 1,58 Md€ ;
  • projets moyens (20 à 100 M€) : 17 projets, 458 M€ ;
  • petits projets (2,5 à 20 M€) : 20 projets, 124 M€ ;
  • fabrication de technologies propres : 12 projets, 895 M€ ;
  • pilotes : 16 projets, 394 M€.

La France pèse surtout aux deux extrémités. D’après le document de questions-réponses de la Commission, elle accueille 5 des 12 grands projets, 1 projet moyen, 5 petits projets plus un franco-allemand, 3 pilotes, et figure parmi les pays du volet fabrication. Notre décompte de la liste officielle aboutit bien à 16 projets, comme l’a relevé GreenUnivers.

Nucléaire : un premier SMR, pour faire de la chaleur

Pour la première fois, la sélection comprend un petit réacteur modulaire. Il s’agit de NetZeroHeat, porté par Calogena et classé dans le volet pilotes. Selon sa fiche, le projet doit livrer 131 GWh de chaleur par an au réseau de chauffage urbain de Pierrelatte (Drôme), avec un module compact fabriqué en usine, à basse pression et refroidissement passif. La fiche le présente comme le premier SMR européen exclusivement calogène : c’est la description du projet, pas un constat.

Lecture Pilotable : le signal compte davantage que le montant, non publié. Le Fonds pour l’innovation évalue les projets sur l’évitement d’émissions, le degré d’innovation, la maturité, la reproductibilité et l’efficacité des coûts. Un réacteur calogène a passé cette grille, ce qui ouvre la voie à d’autres candidatures nucléaires non électrogènes. Pour situer ce créneau dans le système, voir notre guide Qu’est-ce qu’une énergie pilotable ?

Chaleur stockée et flexibilité : l’industrie s’électrifie en pilotant

Cinq projets français touchent directement au stockage ou à la flexibilité :

  • STEAMBOX (Smurfit Westrock, Vernon) : un stockage thermique solide à haute température, chargé par des résistances électriques, pour produire de la vapeur à la demande dans une usine d’emballages en carton ondulé ;
  • TISSUE (Epyr) : un cœur céramique réfractaire chauffé électriquement, qui restitue de la vapeur haute pression dans une papeterie. La fiche prévoit un second revenu sur le marché de la réserve secondaire (aFRR) ;
  • E-Mix (Colas, France et Allemagne) : le remplacement des brûleurs à gaz d’une centrale d’enrobage par une chaleur électrique associée à un stockage thermique haute température ;
  • BESS-4-C (EDF Renouvelables, Perquie, Landes) : une batterie qui absorbe le surplus solaire dans une zone congestionnée, au titre d’un appel d’offres zonal expérimental, et opère sur les marchés hors périodes de contrainte ;
  • ALP-STORE (Sorea, Savoie) : 3,75 MW de pompage-turbinage entre une retenue d’altitude de domaine skiable et un bassin inférieur.

S’y ajoute CouplHyNG (Enosis), qui greffe une méthanation biologique et un électrolyseur sur un méthaniseur agricole. Selon sa fiche, la production d’e-méthane s’ajuste au prix et à la demande d’électricité, et l’injection de gaz renouvelable augmente d’environ 57 % sans biomasse supplémentaire.

Lecture Pilotable : le point commun est la valorisation de la flexibilité. Un industriel qui électrifie sa chaleur peut présenter son stockage comme une ressource pour le réseau, et pas seulement comme un coût. TISSUE l’écrit noir sur blanc avec l’aFRR. Pour les ordres de grandeur, notre convertisseur MW-MWh aide à distinguer puissance et énergie dans ces dossiers. Côté batteries, voir notre guide du stockage par batteries stationnaires.

Hydrogène et carburants de synthèse : les gros volumes

Les plus gros projets français relèvent de l’hydrogène et de ses dérivés. Capacités visées, selon les fiches :

  • GravitHy (Fos-sur-Mer) : 2 Mt par an de fer pré-réduit briqueté à chaud, produit avec de l’hydrogène bas carbone fabriqué sur site ;
  • H4 Marseille Fos : jusqu’à 75 000 t par an de kérosène de synthèse à partir d’hydrogène bas carbone, de e-méthanol et de CO2 capté ;
  • L’Ardoise (MGH Energy, Gard) : 70 kt par an de kérosène de synthèse et 40 kt de e-méthanol, avec une électrolyse alcaline couplée à une unité à oxyde solide ;
  • BELair (T.H2, Caen) : jusqu’à 13 kt par an de carburants bas carbone, dont environ 4 400 t de e-kérosène, par gazéification de biomasse dopée à l’hydrogène électrolytique ;
  • BIOHYGAS (SEV Énergies Nouvelles, Lapouyade, Gironde) : 400 kg d’hydrogène par jour à partir du biogaz d’une installation de stockage de déchets, pour la mobilité.

Aucun de ces projets n’est en service. Pour les électrolyseurs, ils s’inscrivent dans l’objectif de la PPE3, qui prévoit jusqu’à 8 GW d’électrolyse en 2035 (notre guide de la PPE3).

Matières premières et fabrication

Le reste de la liste française couvre l’amont industriel. Ageli (Eramet) vise jusqu’à 15 000 t par an de carbonate de lithium extrait de saumures géothermales en Alsace. SOLAR4EU (Holosolis) prévoit une usine intégrée de cellules et modules photovoltaïques de 5 GW à Hambach (Moselle). SCALA (MOF Technologies) doit capter le CO2 d’une cogénération biomasse à Nesle (Somme). LOGILIFT (Flying Whales) porte sur la certification d’un dirigeable cargo hybride-électrique de 60 t de charge utile.

Ce que la sélection engage, et ce qu’elle n’engage pas

Être retenu ne vaut pas subvention signée. Les porteurs sont invités à préparer leur convention avec l’agence exécutive CINEA, qui fixera budget, calendrier, livrables et responsabilités. La Commission annonce les résultats de cette phase pour le premier trimestre 2027. Les montants par projet n’ont pas été rendus publics : GreenUnivers cite une source évoquant 100 à 200 M€ pour Holosolis, chiffre que nous n’avons pas pu vérifier.

Pour les recalés, deux lots de consolation existent. Les 84 projets qui ont passé l’évaluation sans être financés obtiennent, comme les lauréats, le label de qualité STEP, censé faciliter d’autres financements publics ou privés. Et 160 candidatures restent éligibles à l’assistance au développement de projets de la Banque européenne d’investissement. La Commission précise qu’aucune enveloppe n’est préaffectée par pays : les projets sont classés sur leurs notes, quel que soit leur lieu.

Ce qu’il faut surveiller

  • Début décembre 2026 : lancement du prochain appel du Fonds pour l’innovation, avec un volet de 1 Md€ dédié à la fabrication de technologies propres, selon la Commission.
  • Premier trimestre 2027 : signature des conventions de subvention et publication des résultats de la préparation.
  • Les montants attribués à NetZeroHeat et aux autres projets français, s’ils sont communiqués par les porteurs.

Sources : Commission européenne, communiqué IP/26/2187, 19/10/2026 ; liste des projets retenus, 19/10/2026 ; questions-réponses de la Commission, 19/10/2026 ; GreenUnivers, 20/10/2026.

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