Veille

Veille énergie — 8 septembre 2026

Le nouveau nucléaire entre dans sa phase de casting territorial, pendant que les batteries françaises découvrent que leur marge se contracte à mesure qu’elles se multiplient. Deux mouvements opposés, un même sujet de fond : qui paie la capacité pilotable, et à quelles conditions.

Nucléaire

Six territoires en lice pour les huit EPR2 supplémentaires. Nogent-sur-Seine, Golfech, Tricastin, le Blayais, Creys-Malville et Chinon défendent leur dossier. Quatre sites au maximum seront retenus, chacun pouvant accueillir une paire de réacteurs. EDF doit remettre son étude d’ici la fin de l’année, au moment où l’État tranchera aussi la décision finale d’investissement sur les six premiers EPR2 de Penly, Gravelines et Bugey. On y revient en détail dans notre article du jour. (Le Monde de l’Énergie, 3 septembre 2026)

Hydrogène

bp encaisse 76 millions d’euros de plus pour Castellón. Le gouvernement régional valencien a approuvé une attribution directe au groupe pétrolier : 66,3 millions pour la deuxième phase de son projet d’hydrogène renouvelable, 9,7 millions pour des biocarburants avancés. Près de 300 millions d’argent public sont désormais engagés ou promis autour de cette seule raffinerie. (H2-Mobile, 7 septembre 2026)

À Rheine, l’hydrogène sert de rallonge au réseau électrique. Une station multi-énergies pour poids lourds vient d’ouvrir en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Six millions d’euros, dont 2,5 millions de subventions régionales. Le raisonnement de l’exploitant Chargepool est limpide : recharger plusieurs camions électriques en même temps dépasserait les capacités du réseau local, donc l’hydrogène stocké est reconverti en électricité via une pile à combustible quand la demande le justifie. Le vecteur devient un actif de flexibilité. (H2-Mobile, 4 septembre 2026)

Stockage & Flexibilité

Le stockage ronge son propre gisement. Aux Rencontres solaires de l’Ouest, à Laval le 3 septembre, Damien Siess (EDF) a posé la phrase qui dérange : « le stockage est une consommation, pas une production », et « au fur et à mesure qu’il se développe, le stockage réduit son propre gisement et son spread ». Cédric Boissier (Enedis) ajoute un chiffre parlant : « la moitié des entrants sur le BT 36 sont aujourd’hui des batteries ». Il rappelle aussi que dans les appels d’offres neutres technologiquement, l’écrêtement peut se révéler plus efficace que la batterie. (pv magazine France, 7 septembre 2026)

Comax France met dix batteries en service. La filiale française du suisse MET Group raccorde une dizaine de systèmes de stockage. Un signal de plus sur la vitesse de constitution du parc BESS national, au moment même où les opérateurs s’interrogent sur la durabilité des revenus d’arbitrage. (GreenUnivers, 7 septembre 2026)

Le Crédit Agricole monte à 50 % du capital chez Primeo Energie. Après Selfee, Crédit Agricole Transitions & Énergies renforce ses positions dans la fourniture et l’agrégation. La bancarisation de la flexibilité continue : ce sont désormais des bilans bancaires qui portent le risque de marché des agrégateurs. (GreenUnivers, 7 septembre 2026)

Mer Rouge : 1 225 MWh de batteries qui fabriquent leur propre réseau. Le complexe multi-services de Red Sea Global est entré en pleine exploitation commerciale : 358 MWac de photovoltaïque, 1 225,4 MWh de stockage, 112,5 MW de secours thermique, le tout hors du réseau de transport national saoudien. Le système grid-forming tient la tension et la fréquence, et a démontré en exploitation des capacités de black start et de fault ride-through. Une démonstration grandeur nature de ce qu’une batterie sait faire quand on lui demande autre chose que de l’arbitrage. (pv magazine France, 7 septembre 2026)

Stratégie & Marché

24 milliards d’euros de fiscalité carburant à réinventer. En 2024, les voitures particulières françaises ont consommé 10,9 milliards de litres d’essence et 14,8 milliards de litres de gazole, soit environ 16 milliards d’euros d’accise et 8 milliards de TVA. La part des taxes va de 48 % du prix pour le gazole à 55 % pour le SP95. À fiscalité inchangée, l’électrification fait disparaître l’assiette. Le sujet est budgétaire avant d’être environnemental. (Transitions & Énergies, 7 septembre 2026)

La Suisse compte déjà 1 860 communautés électriques locales. Six mois après leur introduction, une enquête Swissolar auprès des 30 principaux gestionnaires de réseau en recense 1 323 fin juin, soit environ 1 860 par extrapolation nationale. Taille moyenne : 7,2 participants. Et 22 % des participants produisent eux-mêmes de l’électricité. Swissolar demande maintenant de mieux exploiter les réductions de tarif d’utilisation du réseau. (pv magazine France, 7 septembre 2026)

En France, les moulins à eau font du circuit court électrique. Le moulin d’Entraygues (Aveyron) produit jusqu’à 1,5 GWh par an avec deux turbines Kaplan totalisant 800 kW, proposés à tarif préférentiel aux 15 communes voisines. Même logique au Moulin Choudet, dans le Haut-Jura : 400 MWh par an, et une dizaine d’entreprises entrées dans le dispositif depuis janvier 2026. De l’autoconsommation collective avec clé de répartition, sans nouvelle infrastructure. (Révolution Énergétique, 5 septembre 2026)

Le fil rouge du jour tient en une tension : on construit des actifs pilotables plus vite qu’on ne construit les règles qui les rémunèrent. Les batteries l’apprennent par le spread, les EPR2 par le calendrier politique, l’hydrogène par la subvention. Reste à savoir laquelle des trois logiques tiendra le choc de la prochaine PPE.

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